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Les premiers
résultats du PCR sont venus apporter des renseignements étonnants quant à
la compréhension du peuplement dans la portion nord du département, au
cœur de la Grande Lande. Si nos campagnes de prospection de 2004 et
2005 ont confirmé l’existence d’un fort potentiel pour le fin
du Mésolithique / début Néolithique dans la vallée de la Leyre, à
l’instar de ce que nous observions pour la vallée de l’Estrigon (Barrouquère,
2004), la découverte de structures antiques nous a grandement surpris.
Rappelons le constat désabusé que faisait l’historien J.-P. Bost en 1981 :
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« Notre
conclusion n’étonnera personne : la Grande Lande fut, dans
l’Antiquité, une zone repoussoir. Le triangle qui passe par Belin-Beliet, Saint-Symphorien, Captieux et Houeillès, au nord, et au sud, par Morcenx, Brocas, Roquefort et les sources de l’Avance,
fut un désert qui servit historiquement de
frontière aux peuples riverains. L’époque romaine fit passer les
frontières des cités à peu près selon la bissectrice du triangle, mais
ne fixa guère là que des structures administratives, sans effet sur les
établissements humains qui restèrent
concentrés à la périphérie. La circulation elle-même, si l’on
excepte le grand axe qui reliait Bordeaux à Dax et la Péninsule
Ibérique, délaissa l’intérieur : la Grande Lande était déjà
hier une région où l’on ne s’aventurait que par nécessité,
mais où l’on ne s’arrêtait pas ».
Collectif, La
Grande Lande, histoire naturelle et géographie historique, Actes du
colloque de Sabres (27-28-29 novembre 1981), éditions du C.N.R.S., 1981.
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Plusieurs
parcelles du triangle Commensacq – Sabres
– Trensacq nous permettent
aujourd’hui de revoir ce jugement. Une dizaine de concentrations de
céramiques trouvées en surface se sont révélées être, après examen approfondi
(sondages), les restes d’une intense activité d’exploitation
de la poix, issue des pins maritimes : jarres de production, dolia de stockage, sol de cabane, dépotoirs de
céramiques à usage domestique, monnaies…

Dépotoir de
céramiques domestiques.
Ces découvertes
nous permettent de tirer nos premières conclusions. Il apparaît que les
affluents de la Leyre, au début du IIe siècle
de notre ère, ont connu l’installation provisoire, voire saisonnière,
d’artisans spécialisés dans la production de poix. Cela prouve en même temps l’existence
d’un massif de résineux en ces lieux.

Sol
aménagé (cabane ?)
De récentes découvertes au sud de Belin-Beliet, ainsi que d’autres plus anciennes
réinterprétées à la vue de nos résultats, permettent d’affirmer une
continuité spatiale en aval, vers la basse vallée de la Leyre. Légèrement
à l’écart de cette zone, la région d’Hostens
et Villagrains a quant à elle, grâce aux
travaux de G. Belbeoc’h, révélé la
présence de lieux de peuplement qui restent encore à exploiter
pleinement.

Structure
de production indéterminée avec coulée de goudron.
Mais comment s’effectuait le transport des
produits dérivés de la résine, et vers où ? Plusieurs hypothèses
peuvent être prudemment avancées. Si le flottage sur la Leyre est
probable, l’existence d’axes routiers secondaires
transversaux se raccordant à la voie nord-sud descendant de Bordeaux
n’est pas à exclure et rendrait possible le transport par la route.
Si l’on prend en compte cette éventualité, l’aboutissement à
Dax ou Bordeaux de la poix se justifierait. En revanche, dans
l’hypothèse du flottage, où arriverait cette poix ? Au Bassin
d’Arcachon, plus précisément Boïos,
capitale des Boïates à Lamothe-Biganos.
Hypothèse séduisante, qui pourrait être confirmée par les recherches
effectuées sur place par Luc Wozny, qui a par
ailleurs localisé de nombreux entrepôts en bordure du fleuve.
Quoi qu’il en soit, la poix était un produit
recherché à l’époque antique, tant pour le calfatage des navires
que pour l’étanchéité de certains stockages (tonneaux,
amphores).Elle était aussi utilisée comme enduit (cordages), ou encore
dans la pharmacopée (cicatrisant). C’est ce qui explique peut-être
la découverte d’une bourse monétaire de forte valeur dans ce
contexte : des transactions élevées correspondant à un produit
recherché qui était peut-être obtenu ici en grande quantité. Reste la
question de l’origine des artisans : aucun hameau n’a
pour l’heure été repéré aux alentours. Les cités sont loin,
qu’il s’agisse de Boïos (Lamothe-Biganos), Aquae
(Dax) ou Atura (Aire-sur-l’Adour).
Qu’en est-il des villae ? La
plus proche qui a été repérée est située sur la commune de Brocas alors qu’une autre est suspectée à Arengosse ou Villenave.
Dans les deux cas, ces villae sont tout
de même éloignées de plus de 20 kilomètres. Les
hameaux/relais, quant à eux, implantés le long de la voie antique,
peuvent être considérés comme une hypothèse alternative et/ou
complémentaire. Les relais de Telonnum
(peut-être à Liposthey) et de Coaequosa (Sindères),
situés sur cette même voie, ne sont pas trop éloignés des sites. En
parallèle, l’auteur antique Ausone, au IVe
siècle décrivait, dans une lettre adressée à Paulin de Nole, les Boïates comme
étant piceos,
des « poisseux » : cela nous permettrait-il de penser que
les artisans étaient issus du Bassin ou de la base vallée de la
Leyre ? Autant de questions qui restent pour le moment sans réponse.

Contenu
d’une bourse égarée vers le milieu du IIe
siècle de notre ère.
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