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LE SITE DU

CENTRE DE RECHERCHES ARCHEOLOGIQUES SUR LES LANDES.

 

 

Résultats par périodes

 

D’un point de vue diachronique, les recherches ont apporté des résultats pour sept grandes périodes : le Magdalénien, le Néolithique, le Chalcolithique, l’Age du Bronze, l’Age du Fer, l’Antiquité et le Moyen Age. Nous n’évoquons ici que les éléments dominants, les constantes ou les découvertes majeures.

(les citations proviennent des publications correspondantes : voir la page Publications ; vous pouvez accéder au contenu complet de ces articles dans la page Documents)

 

→ Afin d’approfondir quelques notions de peuplement complexes et bien souvent polémiques, nous avons crée deux pages spéciales :

_la première est consacrée au peuplement de l’Aquitaine méridionale de la fin de la Protohistoire au Haut Moyen Âge, cela à partir d’une sélection d’articles,

_la seconde est une mise au point autour de plusieurs idées reçues sur les Landes traditionnelles et leur évolution.

 

Quelques repères chronologiques :

 

Le Magdalénien

 

Un site retient d’emblée l’attention pour cette période : le site de Cabannes à Brocas-les-Forges.

Découvert dans un semis de pins récent, où quelques éclats de silex avaient été remontés par le labour de manière très localisée, l’observation du matériel récolté lors du ramassage ne laissait planer aucun doute sur l’identité du gisement enfoui : un grand nombre de ces silex étaient en fait des chutes de burins, c'est-à-dire des déchets de fabrication de l’outil principal de la fin du Paléolithique Supérieur, le burin.

La fouille entreprise sur 102m2 confirma les soupçons : il s’agissait en fait d’un campement de chasseurs du début du Magdalénien (=le Badegoulien), caractérisé par la présence d’un outillage important : 1102 raclettes, 392 burins, 71 perçoirs, 21 grattoirs, 9 microlithes et 14 outils divers (racloirs, encoches, pièces esquillées). En tout, 31 kg de silex ont été retrouvés, soit plus de 30 000 produits de débitage. Elément intéressant, au milieu du silex, 21 plaquettes de grès ferrugineux brûlées et fragmentées ont également été observées de manière très localisée. Ce grès ou cuirasse, appelé localement garluche, n’est pas présent naturellement sur le site. En revanche, ces plaquettes brûlées sont à mettre en relation avec la présence de très nombreux fragments d’hématite mêlés au silex : l’hématite, matière colorante d’origine minérale, a pu être produite par le chauffage de la garluche dans un foyer. Cette dernière prend, à 600°C, une couleur rouge violacée et donne des oxydes ferreux.

 

L’élément le plus important reste la présence d’un site aussi ancien, dans une zone où il y a peu, personne n’aurait pensé pouvoir le trouver. En effet, c’est sur un plateau interfluve et mal drainé de la Grande Lande que le gisement se situe et, qui plus est, à « faible » profondeur : 70 centimètres. Normalement, l’épandage de sables éoliens de la période Tardiglaciaire aurait dû recouvrir ce site, comme ailleurs dans cette partie du département, de plusieurs mètres ; ici, l’épandage s’est produit de manière moins importante, à moins qu’une partie ait disparue lors des 10 000 dernières années par colluvionnement…la chance était du côté des prospecteurs.

Aucun autre site du Paléolithique Supérieur n’a pu être repéré par l’équipe au nord du Marsan jusqu’à présent ; pourtant, il demeure possible qu’il y en ait d’autres, bien qu’un obstacle majeur s’y oppose : le sable. Le site de Cabannes n’a été repéré que grâce à une chose : le système racinaire de la végétation qui a remonté des artéfacts dans la zone atteinte par le labour. En revanche, le gisement était bien trop profond pour être touché…la chance était vraiment du côté des prospecteurs !

 

Le Néolithique

 

Beaucoup de landais ont pu être au cours des décennies précédentes, en contact avec cette période en ramassant ces magnifiques pointes de flèches dites à ailerons et pédoncule, ou ces autres pointes dites foliacées à retouches couvrantes ou semi-couvrantes.

Pour le C.R.A.L., c’est davantage l’observation de la céramique qui révèle l’occupation du Chalcolithique. Il s’agit de la céramique campaniforme (appelée ainsi de par la forme des vases qui ressemblent à des cloches d’église retournées), au décor souvent fait de bandes horizontales au peigne sur toute la surface, mais aussi de vases pourvus de perforations préorales, souvent associés à la céramique campaniforme.

Plusieurs habitats ou traces d’habitats ont été prospectés et fouillés : La Hubla, Grand Séouguès et Loustaounaou à Canenx (la publication concernant ce dernier site est consultable ici), Saint-Rémy à Maillères. Ce dernier site est plus particulièrement intéressant dans la mesure où furent mis à jour, outre la céramique et les outils de silex,, de véritables témoignages d’un habitat à part entière, notamment des pierres de calage de piquets de soutènement et un atelier de taille du silex.

 

L’Age du Bronze

 

Cette période, divisée en trois sous-périodes (ancien, moyen et récent) est parfaitement connue dans la zone girondine, principalement dans le Médoc, suffisamment pour que l’on évoque un faciès culturel « Bronze Médocain ».

Loin des clichés pseudo-archéologiques de l’Education Nationale (au Paléolithique, on taille la pierre ; au Néolithique, on ne la taille plus mais on la polie ; à l’Age du Bronze, on n’utilise plus de silex, puisqu’il y a le bronze et à l’Age du Fer, plus besoin de bronze puisqu’il y a le fer…raisonnement simpliste, mais encore très courant dans l’enseignement des périodes antéhistoriques en classe de 6ème  où il arrive même que soient évoqués les villages sur pilotis comme habitat quasi-systématique du Néolithique !), le moyen dont nous disposons pour suivre les populations de l’Age du Bronze à la trace demeure l’observation de la céramique, de ses formes, mais surtout de ses décors d’appliques ou d’incisions.

Les découvertes d’objets métalliques sont rares, qu’il s’agisse de haches ou de fibules. Aucune hache landaise connue n’a d’ailleurs été trouvée en fouille sur un habitat.

L’introduction du métal dans les Landes est donc encore sujet à débat, même si dès 1986, J.-C. Merlet apportait la preuve d’une introduction du cuivre au Chalcolithique dans les Landes, par l’analyse d’une hache plate découverte en 1985 à Arengosse. Quatre ans après cette première hache, une deuxième était exhumée au même endroit par un labour agricole. Ne pas oublier que ces haches, lorsqu’elles sont retrouvées, sont souvent issues de dépôts, sans que l’on sache véritablement dans quel type de contexte ceux-ci s’inscrivent (dépôt métallurgique, votif, commercial ou domestique ?). Quoi qu’il en soit, les Landes ne connaissent pas de retard dans l’introduction du métal.

Des haches sont connues pour l’Age du Bronze dans les Landes. Un des plus beaux exemplaires est sans conteste celle découverte à Arengosse en 1988, hache à ailerons subterminaux et anneau, elle était encore inédite en 2002.

Hormis ces découvertes, trop ponctuelles, d’objets métalliques, les sites livrant de la céramique demeurent bien plus enrichissants dans la mise en évidence et la compréhension d’un peuplement. Il est à noter que se prépare la publication d’un ouvrage sur l’Age du Bronze en Aquitaine, sous la tutelle de deux chercheurs émérites.

Des restes d’habitats temporaires, dont on ne sait véritablement s’il s’agissait de cabanes de pasteurs itinérants ou de populations nomades pratiquant déjà l’agriculture, ont livré de la céramique du Bronze ancien-moyen (zone 1 de La Hubla et zone 2 du Grand Séouguès à Canenx, zone 3 de Saint-Rémy à Maillères) dont certains fragments vases se rattachent incontestablement au faciès Médocain. Les décors sont généralement des pastillages et autres décors d’appliques (cordons lisses ou digités sur des vases en forme de tonnelets, certains présentant des moyens de préhension comme des anses tunellaires ou des mamelons simples ou doubles) pour le Bronze moyen et des vases biconiques décorés à la cordelette pour le Bronze ancien.

Pour le Bronze final, un habitat a livré une structure domestique tout à fait remarquable : il s’agit du site de Pouyblanc 2 à Canenx. Les restes de la cabane étaient constitués de la base de deux piquets porteurs brûlés (charbons), entourés de pierres de calage, délimitant sur le côté nord un véritable sol anthropique (sol noirâtre chargé de matières organiques), dont la surface de 18 m2 était parfaitement rectangulaire : ceci ne peut s’expliquer que par l’existence d’un espace clos le surmontant, délimité par des parois (plan général de fouille). Au centre de cette surface, un foyer (2) portait les restes d’une structure en terre cuite assimilable à un four. La céramique retrouvée représente un minimum de 27 vases, avec les détails les plus représentatifs du Bronze final, à savoir « l’association de cannelures, décors incisés sur vases fins, coupes tronconiques, pieds annulaires, vases d’usage à digitations sur la lèvre et le col. » Du mobilier lithique a aussi été retrouvé, du silex, mais surtout un broyeur en quartzite et des fragments de meule dormante en grès attestant une activité de broyage. A proximité immédiate de la cabane, côté nord, une structure curieuse a également été exhumée : 7 plots enterrés et espacés, de 30 à 50 cm de large, pour 30 à 45 cm de haut, délimitants un espace de 10 m2. Ces plots sont composés d’un conglomérat de matériaux de récupération, notamment du torchis, de l’argile cuite mais aussi de fragments de calcaire, éléments « jetés en vrac dans les fosses préalablement préparées, sans ordre apparent ». Le réemploi de torchis indique l’existence d’une autre cabane plus ou moins proche : celle qui a été fouillée n’en utilisait pas. Ces blocs sont de toute évidence des plots de soutènement, mais pour quel type de bâtiment ? D’autant qu’une fosse charbonneuse en bordure ouest de la structure complique l’interprétation : « de forme ovale de 0.90mx0.60m pour une profondeur de 55 cm […] elle était constituée de minuscule charbons de bois » et « était surmontée de six pierres plates en calcaire aquitanien superposées, dont trois étaient rubéfiées ». A coté, quelques tessons ont été retrouvés. Il semble néanmoins que le petit bâtiment annexe de la cabane fut probablement un grenier et non une zone domestique véritable, puisque aucune céramique, ni artéfacts n’ont été retrouvés à l’intérieur.

Un autre site du Bronze final est  à mentionner. Sa découverte à Beylongue remonte à 2001 et a fait l’objet d’un sondage diagnostic en 2002. Peu étendu (1 m2), il s’agit d’un dépôt d’une quinzaine de récipients accompagnés de 4 meules fragmentées et 1 broyeur, mais aussi de fragments de terre cuite issus sans doute d’une plaque foyère. Six récipients retiennent l’attention dont 4 n’ont aucun intérêt fonctionnel d’un point de vue domestique :

(les citations proviennent du rapport de prospection, inédit)

« _ 2 gobelets de petites dimensions (4.5cm) portant une perforation et à fond pointu ; l’un est décoré d’incisions en lignes, l’autre est orné de lignes brisées encadrées par des incisions en ligne. Des traces d’arrachement montrent qu’ils appartenaient à un récipient multiple.

 

_ 2 piédestaux décorés : l’un avec sur le cylindre des lignes parallèles et un marli de chevrons ; l’autre avec sur le cylindre des chevrons, organisés selon un registre inversé, dans des cartouches et encadrés par 2 bandes hachurées obliquement. Ces piédestaux, creux, ne sont donc pas des coupes à pieds. […]

 

_ la moitié d’un biberon avec un décor de points et lignes rayonnant à partir du goulot, dont manque la partie inférieure.

_ 1 plat orné de triangles excisés en ligne et un fragment d’anse ( ?) avec le même décor ».

La présence de ce dépôt n’est toujours pas élucidée.

 

L’Age du Fer

 

Tout comme l’Age du Bronze, cette période est scindée en sous-périodes, deux pour être précis, le Premier Age du Fer et le Second Age du Fer.

Le Second Age du Fer est une période mal connue pour une grande partie des Landes. Il n’y a pratiquement que le site de Sanguinet, fouillé par l’équipe de M. B. Maurrin depuis plusieurs années déjà qui offre véritablement des niveaux archéologiques identifiables pour cette période.

L’équipe du C.R.A.L. a été beaucoup plus en contact avec le Premier Age du Fer. Mais il ne faut pas se méprendre : notre connaissance des populations de cette période dans les Landes se limite avant tout au monde des Morts. L’archéologie du Premier Age du Fer est surtout, pour nous, une archéologie funéraire (qui a dit « profanateurs de sépultures » ?)

Quatre sites remarquables sont à évoquer : deux fouilles sur tumuli et deux fouilles sur nécropoles.

Le tumulus landais, contrairement à ceux rencontrés en Bretagne par exemple, est caractérisé par ces dimensions modestes : ce tertre funéraire est généralement haut d’1m50 pour 20 mètres de diamètre, sans chambre funéraire aménagée (du moins, pas jusqu’à présent…).

Les nécropoles landaises connues sont de deux types : nécropole ou cimetière de tombes plates et nécropole de tumuli (la plus connue est celle de Sarbazan). Les nécropoles que nous avons fouillées ou sondées sont du premier type.

Dernier point préliminaire : les sépultures elles-mêmes sont des vases ou urnes, contenant les restes d’ossements après crémation des corps sur le bûcher funéraire. Ces vases sont généralement recouverts d’un plat-couvercle retourné et peuvent contenir un vase plus petit, appelé vase d’accompagnement ou vase accessoire ; posé sur les ossements, on ignore si ce dernier était destiné à recueillir une offrande.

Le premier tumulus à avoir été fouillé par l’équipe est celui de l’Oranger à Mont-de-Marsan, en pleine zone industrielle. D’une élévation d’1m10, son diamètre approchait les 26 mètres. Il contenait en son centre un seul petit vase à fond rond, posé sur une couche de charbons d’un mètre carré. Ce vase n’est pas daté avec certitude, d’autant que sa forme se retrouve peu dans les tumuli de la région. En plus, les sépultures à incinération sont connues dès le Bronze Ancien en Aquitaine. Seul élément indiscutable : cette urne se rattache à l’Age des métaux…

Le deuxième tumulus à avoir été fouillé est, en revanche, beaucoup plus explicite. Repéré à Monségur, dans une zone où déjà beaucoup de tertres avaient été « fouillés » au XIXe siècle, ce tumulus était haut de 1m30 et mesurait 20 mètres de diamètre. Au cours de la fouille, une structure de galets est apparue, montrant un agencement particulier de ce tertre, à savoir qu’il renfermait deux cercles concentriques de galets, de la même manière que dans d’autres ouvrages du même type dans les Pyrénées. Trois sépultures étaient contenues dans ce tertre, ainsi que trois fosses charbonneuses dont une contenait les sépultures 2 et 3. Ces sépultures indiquent une utilisation du tumulus à la fin du VIe siècle, avec une réutilisation au Ve ou au IVe siècle av. J.C. L’élément le plus troublant, au cours de la fouille, fut la découverte de curieuses concrétions autour des sépultures 2 et 3. Sous forme de trois masses, il s’en fallait de peu qu’elles fussent laissées à l’écart (le sol landais n’est pas avare de concrétions ferro-manganiques tout à fait naturelles). Hors, une fois brossées, leur aspect métal rouillé poussa le C.R.A.L. à en demander une restauration, du moins au départ, un diagnostic. Le restauration permit d’identifier : 1 javelot soliferrum de 2m10, 1 couteau, 1 pointe de lance, 2 talons de lances, 1 fibule, 2 lames issues peut-être d’une même épée, 1 tige recourbée (issue d’une fibule ?), 1 plaquette et d’autres bouts de fer inidentifiables. Tous ces objets étaient tordus, enroulés sur eux-mêmes, comme souvent dans les sépultures de l’Age du Fer (moyen de rendre inoffensives les offrandes ?). La datation de ce matériel permet de placer parfaitement d’un point de vue chronologique les sépultures 2 et 3 : entre 470 et 450 av. J.C. On peut sans risques supposer qu’il s’agissait là de la sépulture d’un guerrier.

Le chantier de fouille qui a le plus longtemps occupé le C.R.A.L. est indéniablement celui de Mouliot à Laglorieuse. Six campagnes de fouilles auront été nécessaires, de 1995 à 1997 et de 2000 à 2002. Sur une superficie de 4082 m2, pas moins de 137 sépultures, 27 fosses charbonneuses et 57 alignements de pierres ont été dégagés, ainsi que de nombreux fragments de grandes jarres, sans oublier un petit habitat de la même période à proximité. Nécropole sans doute la plus importante d’Aquitaine, elle va faire l’objet d’une monographie, puisque sur ce seul terrain se concentre une grande variété de formes et de décors au niveau des vases. Une étude anthropologique des ossements est également en cours. A noter que peu d’éléments métalliques ont été trouvés, quelques anneaux, des fragments de tiges et de fibules en bronze. La présence d’un tel site du début du Premier Age du Fer indique qu’il existait certainement à proximité un foyer de peuplement, suffisamment structuré pour qu’il y ait fréquentation d’un cimetière communautaire. Ce possible « hameau » reste encore à découvrir.

La deuxième nécropole se trouve à Beylongue. Prospectée et sondée, elle a livré 3 sépultures et quelques ossements. Les sépultures 1 et 2 étaient contiguës ; en revanche, la troisième était distante de 9m30 des deux autres. Il est plus que probable que d’autres sépultures existent sur ce terrain, mais le labour de semis de pins n’a pas laissé apparaître suffisamment d’indices pour les localiser.

 

L’Antiquité

 

L’intégration à l’équipe en 2000 d’un nouveau membre a permis d’ouvrir le champ d’investigation à la période antique. De manière solitaire, il a mis en évidence l’existence d’un peuplement long sur la commune de Gouts, du IIe siècle av. J.C. au Haut Moyen Age, sans hiatus. Beaucoup de questions demeurent sur l’identité du site de Gouts qui couvre 10 hectares : relais routier ? Villa ? Petite agglomération rurale? La publication concernant les prospections effectuées sur ce village est en ligne sur ce site.

Le même chercheur bénévole a également soulevé la question d’un peuplement antique sur le site de l’ancienne paroisse de Bézaudun, à Arengosse, riche en céramique commune, amphores, tegulae et imbreces, sans oublier quelques monnaies.

En 2002, cette fois-ci en équipe, les recherches ont continué à être fructueuses sur cette dernière commune, puisqu’un four de tuilier antique a été identifié et fouillé.

 

Au carrefour de l’histoire et de l’archéologie, les sites de Gouts et Bézaudun interrogent inévitablement sur l’implantation des populations du Haut Moyen Age sur un contexte antique : c’est à l’émergence de la mise en place du réseau paroissial que nous assistons peut-être sur ces deux lieux ; Gouts, par exemple, connaît un peuplement sans hiatus depuis le Haut-Empire (et probablement depuis la République) jusqu’au VIIIe siècle. Cette paroisse dédiée à Saint Martin, l’évangélisateur des Gaules, est probablement de première génération, c'est-à-dire fondée autour du Ve-VIe siècle. Il est à noter qu’au cours du mois d’août 2003, une campagne de sondage-diagnostic sur un des bâtiments antiques repérés dans ce même village a été réalisée. La mise en place d’une équipe universitaire issue de Pau facilite, année après année, la compréhension du peuplement de cette zone économiquement stratégique située à proximité de la confluence Midouze-Adour.

De la céramique antique est apparue également sur plusieurs communes de la région de Tartas et de Mont-de-Marsan, ponctuellement et sans contexte apparent. La question du peuplement antique sur la zone de sable des Landes n’est toujours pas résolue : nul habitat n’a pu être clairement identifié ou fouillé dans le Marsan et le sud de la Grande Lande, à part une structure bâtie à Brocas, fouillée anciennement.

Mais très récemment, nous avons clairement repéré des structures antiques du Haut-Empire en pleine Grande Lande : ces sites sont en cours d’exploration, mais ils risquent de changer dans les années à venir la perception que les historiens ont du peuplement et du boisement antiques dans cette partie des Landes. Voir les premiers résultats ici.

 

Le Moyen Age

 

L’intérêt pour le Moyen Age est lui aussi récent dans les objectifs du C.R.A.L..

Les traces de peuplement du Haut Moyen Age ne sont malheureusement que trop peu nombreuses. C’est une période que l’on a encore du mal à cerner dans le département : la compréhension de la formation du réseau paroissial et de la réorganisation germanique puis vasconne ne sont que  trop peu ou pas du tout complété par des découvertes sur le terrain.

Si divers éléments architecturaux repérés dans les églises par l’éminent spécialiste qu’est  M. J. Cabannot remontent parfois au VIe ou VIIe siècle, les structures domestiques ne sont pas discernables : y a-t-il eu, comme cela est souvent avancé pour d’autres régions françaises, régression ? Le fait que l’on ne retrouve aucune trace d’habitat tient aussi peut-être au fait que l’équipement modeste des populations rurales de cette période était en matière périssable, non conservée : une vaisselle de bois n’a aucune chance de résister à l’acidité importante du sol landais, pas plus que des restes de construction.

Il n’y a guère que le monde des Morts, une fois encore, qui a pu livrer quelques éléments tangibles. Si dans notre paragraphe précédent, nous avions évoqué un peuplement sans hiatus à Gouts, c’est grâce aux artéfacts d’une probable nécropole : un fragment de plaque-boucle du VIIe siècle, une agrafe à double crochets du VIIIe et un rivet scutiforme en bronze étamé du VIe siècle. Grâce aussi aux objets retrouvés sur une deuxième nécropole (certaine) : une plaque-boucle en bronze étamé du VIIe siècle, une plaque-boucle en fer damasquiné du VIIe siècle et une petite plaque en fer de forme trapézoïdale à deux bossettes et un tenon de fixation au dos. A Bézaudun, un fragment de plaque-boucle du VIIe ou VIIIe siècle permet lui aussi d’avancer l’hypothèse d’un peuplement haut médiéval dans le Brassenx.

Pourtant, ce Haut Moyen Age jusqu’ici bien mystérieux commence à être repéré et identifié : les fouilles préventives à l’est de Mont-de-Marsan, à l’emplacement de la future prison ont permis à l’équipe de F. Marembert de dégager les restes d’un hameau du VIIe siècle, avec habitats et zone artisanale (fer). La surveillance des semis de pins du sud Marsan a également apporté ces dernières années des informations complémentaires quant à ces siècles encore mal connus qui s’échelonnent de l’Antiquité tardive au Haut Moyen Age. La nécropole protohistorique de Laglorieuse avait elle-même livré un ensemble céramique cohérent sur ce qui fut un petit habitat altomédiéval. Ces exemples vont nous servir petit à petit à plus clairement identifier les artéfacts pouvant être rattachés à cette période.

Mais c’est le Bas Moyen Age qui est le mieux représenté.

En effet, des prospections menées à Beylongue et dans le Brassenx en général depuis 2001, mettent en évidence la présence de plusieurs structures de production potière, vraisemblablement aux XIIIe-XIVe siècles. Les formes sont simples (vases ovoïdes ou « oules ») et les textures de pâte similaires d’un site à l’autre : céramique grise ou beige à dégraissant quartzeux avec parfois quelques paillettes de mica.

Vase ovoïde retrouvé à Beylongue, pâte beige.

Les décors de ces vases dépourvus de glaçures sont généralement incisés (lignes, pointillés, ondulations) ou constitués de cordons rapportés en position horizontale et incisés. Les moyens de préhension (sur cruches et bassins) sont généralement des anses boudin verticales et des oreilles horizontales. La majorité (ou totalité ?) des fonds de vases ovoïdes sont lenticulaires et fins. Vu la quantité de matériel ramassé et son faible éventail morphologique, nous tentons actuellement la mise en place d’une typologie de base pour la description de cette production landaise (dessin de quelques bords).

Un atelier de réduction du fer a aussi été retrouvé, associé à de la céramique médiévale, sans que l’on puisse parfaitement dater cette structure : aucun objet métallique fini n’a été exhumé lors du sondage-diagnostic réalisé.

Le seul site véritable de peuplement qui ait été exploré reste le complexe castral de Bézaudun, où l’occupation semble commencer dès le Haut Moyen Age, avec une prédominance du XIIIe au XVe siècle (une partie du mobilier métallique). Cela dit, durant l’hiver 2005-2006, une prospection a montré l’existence à l’est de Brocas-les-forges, la présence d’un site probable de peuplement, particulièrement riche en céramique. Il semble en outre qu’au moins une structure artisanale de réduction du fer ait été présente. L’abondance du matériel céramique, comparable à celle notée sur les sites de Beylongue, nous incite à supposer l’existence d’un lieu dévolu à la production potière. Ce qui fut certainement un hameau à l’étendue pour l’heure non définie, est localisé à quelques kilomètres du castrum des Albret…

 

Dernières nouvelles (juin 2007) :

_ l’étude du mobilier céramique du site repéré à Brocas-les-Forges l’année dernière a montré que nous sommes bien en présence d’un locus du Haut Moyen Âge. Cette période jusqu’alors peu connue dans notre zone apparaît finalement de plus en plus : un lot de céramique récupéré dans un ruisseau de Beylongue en 2001, peut, après réexamen, être rattaché à l’Antiquité tardive/HMA. Un autre lot, recueilli à Saugnac-et-Muret, présente de grandes similitudes avec de la céramique du VIIe siècle retrouvée en fouille à Mont-de-Marsan par F. Marembert (INRAP) sur le chantier de la nouvelle prison (travaux de notre collaborateur J-P. Lescarret). Beaucoup plus récemment, un enseignant nous a signalé une remontée de matériel à l’occasion de travaux forestiers sur une ancienne paroisse disparue de la lande : céramique, verre, scories…pour un site (et par conséquent une paroisse) attribuable au Haut Moyen Âge (toujours vers le VIIe siècle).

_ en parallèle, les prospections menées par une partie du CRAL dans le Marsan ont permis de leur côté de combler en partie un vide, celui du Second âge du Fer. Il n’y a plus de hiatus dans les Landes de Gascogne, notamment dans sa partie méridionale !

_ côté nord, les traces de campements du néolithique ancien continuent d’être localisées en vallée de la Leyre et, nouveauté encore, l’Antiquité commence à se montrer en sud Gironde, entre Leyre et Ciron (travaux de notre collaborateur G. Belbeoc’h).

_ la nécropole du Premier Âge du Fer de Mazerolles, sondée déjà l’année dernière, a été ce printemps cernée. De nouvelles sépultures ont été sorties, ainsi qu’un nouveau demi arc de cercle de pierre (et non « cercle de pierre érodé » comme certains voudraient le faire croire sans avoir vérifié sur le terrain le contexte pédologique et géologique de ce type de découverte signalé ailleurs : Mios, Laglorieuse…). L’investigation sur ce site de « Petit Arguence » est terminée. L’analyse des restes osseux a démarré.

 

à suivre…

 

 

 

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