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Le 5 novembre
1994 eut lieu à Mont-de-Marsan un colloque réunissant plusieurs
spécialistes autour d’un même thème, celui de la restitution du
riche passé d’un ensemble géographique et historique cohérent, le
Marsan. Au-delà de cette simple limite géographique, on peut considérer
que les lignes de force de la compréhension du peuplement du Marsan, sont
des atouts pour comprendre l’ensemble plus vaste constitué par le
département des Landes dans son entier. C’est pourquoi nous avons
choisi de vous présenter ici la contribution du C.R.A.L. à
l’époque, à travers l’article qui fut rédigé par Bernard
Gellibert et Jean-Claude Merlet et publié dans les actes du colloque
(ISBN : 2-87817-010-5).
Cet article est
à prendre pour ce qu’il est : un état de nos connaissances
il y a déjà 10 ans, sur la Protohistoire dans notre zone ; notre
discours aujourd’hui reprend évidemment des arguments
d’alors, mais de nouvelles découvertes sont également venues
préciser ou modifier notre vision de l’occupation du sol en Marsan.
Nous espérons qu’un bilan d’ensemble de nos recherches
viendra un jour orner vos bibliothèques. En attendant, voici le texte de
l’article :
Les premières
occupations humaines en Marsan (du Chalcolithique au Bronze Final)
Par Bernard
Gellibert et Jean-Claude Merlet.
Quelques indices repérés entre
Adour et Midouze permettent de penser que les hommes du paléolithique ont
fréquenté le territoire qui allait devenir plusieurs dizaines de
millénaires plus tard le Marsan. Mais leurs traces, du moins celles qui
nous sont parvenues, sont trop ténues pour que l’on puisse évoquer
une véritable occupation des sols.
Pour le mésolithique, on ne
peut faire état que de vestiges d’attribution incertaine :
quelques armatures de flèches géométriques en silex, découvertes en
dehors de tout contexte archéologique. La situation est la même pour le
néolithique. Les haches polies et les pointes de flèches tranchantes,
trop souvent encore décrites systématiquement comme néolithiques, peuvent
tout aussi bien appartenir à l’âge du Bronze où il est prouvé
qu’elles perdurent.
Ce n’est qu’à la
fin du néolithique, vers -2000 ans av. J.-C., que la présence humaine
s’affirme vraiment. Le Marsan a connu alors un peuplement assez
dense, en particulier dans la zone des sables et lagunes située au nord
de la
Midouze. Considérée traditionnellement comme peu
propice à l’installation des hommes –voire répulsive- cette
zone s’avère en réalité avoir été fréquentée intensément au
chalcolithique et aux débuts de l’âge du Bronze (entre -2200 et
-1200 avant J.-C.). Les travaux récents du Centre de Recherches
Archéologiques sur les Landes y ont révélé de multiples occupations
puisque, malgré un taux de boisement très élevé qui restreint les
terrains accessibles à la prospection, 31 sites de ces périodes ont été
repérés dans cette zone depuis 4 ans. Plusieurs d’entre eux ont été
fouillés, fournissant des informations précieuses sur l’adaptation
des populations locales au milieu lagunaire et sablonneux des landes de
Gascogne à la fin du IIIème millénaire et durant le IIème millénaire
avant J.-C.
A cette importante
colonisation des terres succède à nouveau après le Bronze moyen une
apparente désertification. Rares sont les témoins du Bronze final et de
l’âge du Fer. Cette situation n’est sans doute que le reflet
de l’orientation des recherches et les habitats de cette période
restent probablement à découvrir. A moins qu’une modification de l’organisation
sociale et économique, accompagnée d’un regroupement des hommes
dans un petit nombre de lieux, ne soit intervenue à la fin de l’âge
du Bronze. Dans cette hypothèse, des facteurs écologiques (climat humide
entraînant une extension de la forêt) pourraient avoir joué un rôle. Mais
les études sur l’évolution du climat n’en sont qu’à
leurs débuts et ne sont pas encore en mesure d’apporter une réponse
à cette passionnante question.
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Les
témoins matériels :
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Les témoins
matériels : les objets métalliques.
Le Marsan n’a livré
aucun objet en cuivre et seulement deux objets en bronze : une hache
à légers rebords et une pointe de lance. La hache en bronze à légers
rebords a été découverte à Mazerolles. J.-R. Bourhis, qui en a fait
l’analyse, considère que sa « composition est conforme à celle
des haches à petits rebords de la fin du Bronze ancien au début du Bronze
moyen du Sud-Ouest, bien que la teneur en étain semble un peu
élevée »(Causse et Merlet, 1989). Par sa forme, cette hache se
rattacherait en effet au Bronze ancien, mais la forte teneur en étain
laisse supposer une production un peu plus récente.
La pointe de lance a été
découverte lors des fouilles effectuées en 1975 par X. Schmitt à
Mont-de-Marsan, près du donjon Lacataye. Il s’agit de
l’extrémité distale d’une pointe de lance à douille qui
pourrait bien appartenir au Bronze final (Roussot-Larroque et Merlet, en
préparation).
Cette rareté des objets
métalliques ne doit pas surprendre. Les outils et armes en métal ne sont
pas devenus rapidement d’usage courant. Bien que dépourvu de gîtes
cuprifères, la région n’a cependant pas été tenue à ‘écart
des courants de diffusion de la métallurgie. On en veut pour preuve la
découverte en Pays de Brassenx, à une vingtaine de km à l’ouest du
Marsan, de plusieurs dépôts de haches en cuivre et en bronze. Il ne
serait donc pas étonnant que le Marsan, lui aussi, renferme de tels
dépôts.
Les témoins
matériels : la céramique.
A défaut d’objets
métalliques, nous disposons désormais de quelques séries de matériel
céramique, pour lesquelles il est possible d’avancer une
attribution culturelle, par comparaison typologique avec des productions
d’autres régions.
L’attribution est fiable
lorsque les formes et décors ou les associations sont très
caractéristiques. Ce n’est pas toujours le cas, d’autant que
les recherches en Marsan ont porté essentiellement sur l’habitat et
que le corpus des céramiques d’habitat est moins bien établi que
celui des céramiques funéraires.
Le néolithique.
Sur les milliers de tessons
que nous avons recueillis ou examinés, un seul pourrait se rattacher au
néolithique. Il s’agit d’un bord de vase trouvé à
Uchacq-et-Parentis, orné de 4 rangées d’impressions en S alignées,
décor qui rappelle des motifs du néolithique ancien d’autres
régions. Mais comme il a été recueilli sur un site occupé au
chalcolithique et au Bronze ancien (Gellibert, 1991), et qu’il ne
s’apparente à rien de connu en Aquitaine, la plus grande réserve
s’impose.
L’apport des prospections
est donc décevant pour les premières phases du néolithique, mais ce
n’est pas un constat propre aux Landes. La difficulté à repérer
d’éventuels gisements néolithiques est identique dans les régions
où des opérations de prospection comparables ont été menées : Bassin
de la Charente,
par exemple (Roussot-Larroque et ali, 1988). Il est prématuré de conclure
que le Marsan a été délaissé au néolithique, seule la poursuite des
investigations sur le terrain pourra nous fixer à cet égard.
Le
chalcolithique.
Plusieurs petits habitats de
plein air fouillés ces dernières années ont livré du mobilier céramique
attribué au chalcolithique, c’est-à-dire aux cultures de la fin du
IIIe millénaire avant J.-C., sans que l’on puisse préciser
davantage, en l’absence d’éléments décorés.
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A La
Hubla (secteur 2), commune de Canenx-et-Réaut, a été
fouillé en 1992 un habitat sur lequel ont été découverts les fragments de
4 grandes jarres à perforations en ligne sous le bord (Gellibert et
Merlet, 1994a). C’était la première fois que ce type de poterie
était rencontré en fouille en Aquitaine [Fig. 1]. Dans
d’autres régions, les jarres à perforations préorales ont été
signalées en contexte néolithique final et chalcolithique, mais perdurent
parfois au Bronze ancien. Elles sont répandues sur la façade atlantique
(Bretagne, côte du Centre-Ouest), en Languedoc, dans les lacs alpins et
dans une partie de l’Europe. Souvent, elles sont associées au
campaniforme sur les habitats comme au Muret, en Haute-Garonne (Jolibert,
1988) et à Mailhac, Embusco 3, dans l’Aude (Besse, 1992). Les
autres éléments de La
Hubla (secteur 2) sont des vases à paroi fine avec
cordon triangulaire ou panse globuleuse, une jarre très ouverte à bord
aplati, un vase à ouverture rétrécie et des vases à cordon vertical ou
oblique.
-
Sur la commune de Maillères, à Saint-Rémy, a été
fouillé en 1993 un campement situé en rebord de plateau, en bordure de la
rivière Douze. Là encore, la céramique comprend des jarres à perforations
préorales en ligne (7 récipients). Elles sont associées à des fonds
ronds, à une terrine avec boutons de préhension et fond rond et à des
vases à paroi fine à profil en S (Gellibert et Merlet, 1995a).
-
Sur l’unité d’habitation n°4 de
Loustaounaou, commune de Canenx-et-Réaut, fouillée en 1993, gisaient les
restes de 20 vases au moins. La vaisselle fine se compose d’un bol
à fond plat, d’une écuelle à bouton, d’une écuelle carénée,
de 3 vases de forme hémisphérique à bord ouvert et une tasse à anse boudinée
[Fig.
2]. La céramique domestique plus grossière comprend de
grands vases à ouverture rétrécie et des jarres à fond plat. Les pièces
de cet ensemble sont dépourvues d’ornementation (Gellibert et Merlet,
1995b).
-
L’unité d’habitation n°5 de
Loustaounaou, moins riche que la précédente (13 vases), a montré la même
coexistence de formes fines et grossières. Parmi les premières, des
gobelets à paroi mince. Dans les formes plus grossières : 2 terrines,
l’une légèrement carénée, l’autre à bord épais ; 3 vases
avec téton de préhension ; une anse forte sous bord. Une grande
jarre haute de 44,4 cm
avec des parois peu pansues et un fond plat possédait son couvercle
bouchon [Fig. 3].
-
Deux autres sites ont livré en prospection des
éléments pouvant se rapporter au même horizon culturel : l’un
à Bostens, où l’on note des tessons à perforations avec des cordons
sous bord, l’autre à Uchacq-et-Parentis.
Le campaniforme.
En 1991, lors de la fouille du
gisement du Grand Séouguès à Canenx-et-Réaut, étaient mis à jour 2
tessons provenant d’un grand vase décoré au peigne de bandes
horizontales hachurées verticalement et obliquement alternant avec des
bandes unies (Gellibert et Merlet, 1992). On a hésité à associer à ce
campaniforme classique la céramique qui l’accompagnait, sa
morphologie et son décor étant moins typiques.
Cette présence campaniforme à
Canenx-et-Réaut s’est trouvée confortée par les fouilles effectuées
en 1993 sur le site voisin de Loustaounaou, où l’unité
d’habitation n°1 étai un petit campement renfermant un mobilier
céramique intéressant. Un tesson décoré au peigne de lignes horizontales
encadrant une ligne brisée était associé à un gobelet peu galbé non orné
possédant un cordon lisse sous le bord [Fig. 4]. Le reste du
mobilier comprend un bord de grande jarre à perforations préorales en
ligne, des fragments de grandes jarres non ornées à ouverture rétrécie ou
cordon sous bord et fond plat. 7 vases au moins ont été identifiés. Un
autre tesson trouvé en surface à quelques mètres de distance et qui
pourrait provenir de cet ensemble présente lui aussi un décor au
peigne : une bande unie et des lignes verticales.
Les documents de Loustaounaou,
tout comme ceux du Grand Séouguès, ne semblent pas appartenir à la phase
initiale du campaniforme, mais plutôt à une phase moyenne ou évoluée, que
l’on pourrait situer vers -2000 ans avant J.-C.
Sur les 21 sites campaniformes
recensés en Aquitaine en 1990, 7 seulement étaient des habitats, et
encore leur identification tient-elle parfois à quelques tessons ramassés
en surface. C’est dire combien nos connaissances sur ces habitats
aquitains sont lacunaires (Roussot-Larroque, 1990).
Si actuellement le
campaniforme n’a été reconnu en Marsan que sur la commune de
Canenx-et-Réaut, on peut espérer logiquement que d’autres sites de
cette culture apparaîtront à l’avenir dans cette zone. Il serait en
effet important de pouvoir situer avec précision les ensembles à jarres à
perforations préorales.
Le Bronze
ancien-moyen.
Si la chronologie des objets
métalliques est bien assurée, il n’en est pas de même pour la
céramique, surtout d’habitat. Il est probable d’ailleurs que
certaines formes, voire certains décors, ont perduré plusieurs siècles.
On en est donc réduit à utiliser le terme de « bronze
ancien-moyen » pour qualifier la plupart des poteries des débuts du
Bronze, soit entre -1880 ans et -1200 ans avant J.-C.
C’est vraisemblablement
des débuts du Bronze que datent plusieurs unités d’habitation
fouillées ces dernières années. Le secteur 1 de La Hubla renfermait les
fragments de 8 jarres en forme de tonnelet, hautes d’une
quarantaine de cm, ornées de traînées digitées ; ainsi que 3
écuelles non décorées. On a relevé sur l’unité d’habitation
n°3 de Loustaounaou, de dimensions restreintes, un bord de récipient à
ouverture rétrécie portant un cordon à arceau. A Loustaounaou toujours,
dans l’unité d’habitation n°6, on retrouve les grandes jarres
en tonnelets à traînées digitées avec des écuelles non ornées et des
vases carénés biconiques non décorés.
Au Grand Séouguès, un vase
caréné, portant sur la partie supérieure un décor élaboré à la
cordelette, gisait avec 2 fonds de grandes jarres à pastillages [Fig.
5]. Nous avons déjà commenté les implications
chronologiques de cette association (Gellibert et Merlet, 1992). Les
vases biconiques décorés à la cordelette sont fréquents dans les
sépultures du Bronze ancien sud-aquitain (Séronie-Vivien, 1986).
Plusieurs dates carbone 14 les placent vers -1700 avant J.-C. Ces
biconiques à la cordelette sont parfois associés dans le nord de
l’Aquitaine à la céramique à pastillages. Les grandes jarres en
tonnelets, couvertes de pastillages et de cordons lisses incisés ou
digités sont répandues au Bronze moyen dans un vaste espace qui
s’étend de l’Ouest du Bassin Parisien jusqu’à
l’Espagne. Elles abondent autour de l’estuaire de la Gironde et surtout
en Médoc (d’où parfois le nom de « style médocain » donné
à cette céramique). Comme on ne connaît pas encore la durée de vie de
chacun des deux styles qui précèdent, on ignore si les pastillages sont
apparus dès le Bronze ancien ou si les biconiques à la cordelette se sont
prolongés longtemps dans le Bronze moyen. Les documents du Grand Séouguès
mettent en évidence un chevauchement stylistique.
Nous appelons pastillages des
pastilles de pâte appliquées sur la pâte avant cuisson et étirées en
languettes. Les pastilles ne doivent pas être confondues avec les
pustules et les traînées qui résultent d’une projection de
barbotine et sont souvent étalées avec les doigts (traînées digitées).
Nous avons remarqué dans nos différentes fouilles que les pastillages ne
sont jamais présents simultanément avec les traînées digitées,
s’agissant de récipients de formes et dimensions assez semblables.
Faut-il y voir
l’émergence d’un critère de différenciation chronologique
entre le Bronze ancien (traînées digitées) et le Bronze moyen
(pastillages) ? Cette observation demandera à être vérifiée sur un
nombre plus important de gisements.
De la céramique à décors
plastiques a été découverte aussi à Saint-Avit (2 sites) et à Bostens.
Le Bronze final.
Curieusement, le Bronze final
n’a pas été identifié en dehors de l’importante série mise à
jour en 1975 par X. Schmitt lors de ses fouilles de la terrasse au pied
du donjon Lacataye à Mont-de-Marsan. Cette série comprend notamment des
petits gobelets, des vases à panse globulaire décorés de cannelures et
des tessons décorés d’incisions et d’impressions,
caractéristiques du Bronze final III, vers la fin du VIIIe siècle avant
J.-C. (Coffyn, 1988).
Là encore, c’est la
carence des recherches qui explique certainement qu’un seul
établissement de la fin de l’âge du Bronze ait été retrouvé en
Marsan.
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Organisation
sociale, économie
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Organisation
sociale, économie : les habitats.
Les travaux récents apportent
un éclairage particulier sur les habitats. Ce sont des campements de
dimensions restreintes : la plus petite unité étudiée couvrait 15 m2 et la plus
étendue 180 m2,
la moyenne se situant autour de 40 m2.
Aucune structure de
construction n’a été observée : pas de trous de poteaux, pas
de fosses, pas de foyers bien délimités, pas de restes d’élévations
en pierre ou torchis. Sur le campement chalcolithique de Saint-Rémy
cependant, deux structures de calage circulaires en petit bloc de grès
ont été interprétées comme servant au calage de poteaux. Ce sont les
seuls éléments repérés à ce jour qui pourraient attester d’une
cabane en élévation sur dix unités d’habitations explorées. Dans ce
pays de sable, il faut envisager des installations en matériaux
périssables ne laissant pas de trace durable : bois, brande,
fougère, paille.
Ces unités d’habitation
ne sont pas groupées. A Loustaounaou et au Grand Séouguès, la question se
pose néanmoins de la contemporanéité des différentes unités
d’habitation relevées. Rien ne permet jusqu’ici
d’affirmer que nous serions en présence d’un village ou même
d’un hameau. Les habitations ne sont pas entourées d’un
fossé. Le fossé d’Uchacq (Gellibert, 1991) semble trop rectiligne
dans son tracé pour se rapporter aux occupations préhistoriques du site.
L’organisation de
l’espace habité ne peut être reconstituée que partiellement. La
lecture des plans de répartition du mobilier archéologique qui ont été
dressées fournit des informations limitées : à Saint-Rémy, la nappe
de vestiges dessine un arc de cercle axé sur les 2 blocs de calage.
L’unité n°4 de Loustaounaou présente 2 zones bien distinctes :
la première où sont concentrés de nombreux débris de céramique fine avec
de la céramique plus grossière, la seconde, à 4 m à l’Est où
étaient écrasées sur place 5 grandes jarres à provisions. Cette
différenciation spatiale dans la nature des récipients correspond à des
fonctions domestiques différentes des 2 zones : la première avec de
la vaisselle fine, est une aire de vie autour du centre de
l’habitation, la seconde servait vraisemblablement au stockage des
denrées [Fig. 6].
Le remontage des poteries
invite à la prudence. Des raccords ont été réalisés entre des tessons
trouvés à 9 m
de distance les uns des autres (La Hubla, secteur 2) et jusqu’à 20 m (Loustaounaou,
unité n°6). Les objets ont subi des déplacements postérieurement à leur
bris, par piétinement ou d’autres actions humaines.
Le choix des lieux
d’implantation de l’habitat n’est pas fortuit.
L’exemple le plus significatif est celui du « complexe »
de Loustaounaou-Grand Séouguès. Les hommes qui se sont succédés sur ce
site pendant plusieurs siècles ont choisi un terrain dominant légèrement
des zones humides au Nord et au Sud. A Saint-Rémy, c’est la
proximité de la rivière Douze, dessinant un méandre, qui semble bien
avoir guidé le choix du lieu [Fig. 7]. Le secteur I
de La Hubla
est établi à 30 m
seulement derrière le bourrelet de la lagune. Plusieurs gisements se
trouvent pareillement non loin d’anciennes lagunes
aujourd’hui asséchées, mais alors en eau. Faut-il invoquer dans ces
cas une attirance pour les milieux humides à l’instar du phénomène
observé alors dans d’autres parties de l’Aquitaine
occidentale (Médoc, delta de la
Leyre, marais du Bordelais) ?
Organisation
sociale, économie : les sépultures.
Alors que les sépultures sont
mieux documentées que les habitats dans le Sud des Landes et en Béarn,
c’est l’inverse en Marsan. Une fois de plus, il ne faut y
voir que le reflet de l’orientation des travaux de terrain.
Le tumulus de l’Oranger,
au Nord-Est de Mont-de-Marsan, arasé en 1993, renfermait une petite urne
carénée à fond rond, vide, posée sur un lit de charbons de bois. Dans
l’attente d’une datation radiocarbone, il est délicat de
situer cette urne (Gellibert et Merlet, 1994b).
Le vase biconique cordé du
Grand Séouguès associé à 2 fonds plats de vases à pastillages relève
peut-être d’un fait sépulcral, bien qu’aucun charbon ,
ni aucune cendre n’aient été remarqués à proximité. Les nécropoles
ne doivent pas être très éloignées des habitats. Le seul tumulus,
apparemment inviolé, que nous ayons repéré dans le secteur est à plus
d’un km à vol d’oiseau. Mais les incinérations en tombes
plates sans tumulus et les tombes à fosse sont connues au Bronze moyen
dans la région d’Arcachon, au Truc de Bourdiou à Mios (Peyneau,
1926).
Organisation
sociale, économie : les enceintes.
Les possibilités défensives de
certains sites ont été utilisées précocement. Des positions favorables
comme les confluences de ruisseaux représentent des systèmes défensifs
naturels facilement aménageables. L’éperon que forme la Douze avec un affluant
de sa rive gauche, le Roumat, a été barré par une levée de sable
imposante et un fossé, délimitant une enceinte d’1 ha environ. Le
site a été occupé sans doute dès le chalcolithique (Gellibert, 1986). Les
enceintes de ce type, ou d’autres plus éloignées des rivières,
restent à explorer.
Organisation
sociale, économie : l’économie.
Il faut se garder
d’appliquer sans nuances les modèles d’économie pastorale.
L’élevage devait jouer un rôle essentiel pour procurer les
ressources vitales et la montée en puissance de la transhumance pastorale
en Marsan est possible. Ce phénomène a été reconnu dans des régions de
parcours traditionnelles (Causses, Provence, Languedoc, Cantal). Mais la
pratique de l’agriculture est attestée par la présence de meules à
broyer les grains et de lames de faucilles à lustré. Des meules et broyeurs
ont été recueillis à Canenx-et-Réaut, Bretagne-de-Marsan, Maillères,
Uchacq-et-Parentis. L’agriculture implique une sédentarisation ou
au moins semi-sédentarisation de la population. Nous sommes loin alors de
l’image de la lande parcourue par des pasteurs nomades accompagnant
leurs troupeaux.
La persistance des pointes de
flèches démontre que les activités cynégétiques occupaient une place non
négligeable dans l’exploitation des ressources de
l’environnement, tout comme la pêche certainement dans les rivières
et peut-être dans les lagunes.
Plusieurs fusaïoles en terre
cuite, dont l’une trouvée sur l’habitation n°3 de
Loustaounaou, apportent la preuve que le tissage était une activité
artisanale pratiquée. Parmi les autres activités artisanales, les poteries
étaient-elles produites localement ? L’argile était accessible
en divers points. A La
Hubla (secteur 2), des petits blocs d’argile
cuite portant des empreintes de clayonnages et des empreintes digitales
pourraient provenir d’un four. Cet indice est trop mince pour
pouvoir affirmer que les poteries étaient fabriquées sur place.
Il ne faut pas non plus
imaginer des populations vivant dans l’isolement, coupées de tout
contact avec l’extérieur. Les exemples de relations avec
l’extérieur sont multiples. Le décor des vases campaniformes
traduit d’évidentes influences des modes répandues alors dans toute
l’Europe. La lame de poignard en silex provenant des ateliers du
Grand Pressigny, en Indre-et-Loire, trouvée à Uchacq, est en quelque
sorte un objet de prestige. C’est le témoin indiscutable
d’échanges lointains, dès la fin du IIIe millénaire avant J.-C. La
hache en bronze de Mazerolles est aussi un objet d’importation. Une
grande partie du silex débité en Marsan vient de Chalosse, plus précisément
de l’anticlinal d’Audignon. Des voies de circulation Nord-Sud
sont donc très probables. Beaucoup de progrès restent encore à accomplir
pour savoir si toutes les implantations repérées depuis quelques années
étaient reliées entre elles en une sorte de réseau. Mais déjà les données
recueillies bouleversent l’image d’un Marsan déserté ou
parcouru seulement par quelque pauvre hère égaré dans les sables.
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Bibliographie
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(ndr :
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la page Documents
d’Archeolandes.)
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