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LE SITE DU

CENTRE DE RECHERCHES ARCHEOLOGIQUES SUR LES LANDES.

 

 

Autour de l’ancien Marsan.

 

Le 5 novembre 1994 eut lieu à Mont-de-Marsan un colloque réunissant plusieurs spécialistes autour d’un même thème, celui de la restitution du riche passé d’un ensemble géographique et historique cohérent, le Marsan. Au-delà de cette simple limite géographique, on peut considérer que les lignes de force de la compréhension du peuplement du Marsan, sont des atouts pour comprendre l’ensemble plus vaste constitué par le département des Landes dans son entier. C’est pourquoi nous avons choisi de vous présenter ici la contribution du C.R.A.L. à l’époque, à travers l’article qui fut rédigé par Bernard Gellibert et Jean-Claude Merlet et publié dans les actes du colloque (ISBN : 2-87817-010-5).

Cet article est à prendre pour ce qu’il est : un état de nos connaissances il y a déjà 10 ans, sur la Protohistoire dans notre zone ; notre discours aujourd’hui reprend évidemment des arguments d’alors, mais de nouvelles découvertes sont également venues préciser ou modifier notre vision de l’occupation du sol en Marsan. Nous espérons qu’un bilan d’ensemble de nos recherches viendra un jour orner vos bibliothèques. En attendant, voici le texte de l’article :

 

Les premières occupations humaines en Marsan (du Chalcolithique au Bronze Final)

Par Bernard Gellibert et Jean-Claude Merlet.

 

            Quelques indices repérés entre Adour et Midouze permettent de penser que les hommes du paléolithique ont fréquenté le territoire qui allait devenir plusieurs dizaines de millénaires plus tard le Marsan. Mais leurs traces, du moins celles qui nous sont parvenues, sont trop ténues pour que l’on puisse évoquer une véritable occupation des sols.

            Pour le mésolithique, on ne peut faire état que de vestiges d’attribution incertaine : quelques armatures de flèches géométriques en silex, découvertes en dehors de tout contexte archéologique. La situation est la même pour le néolithique. Les haches polies et les pointes de flèches tranchantes, trop souvent encore décrites systématiquement comme néolithiques, peuvent tout aussi bien appartenir à l’âge du Bronze où il est prouvé qu’elles perdurent.

            Ce n’est qu’à la fin du néolithique, vers -2000 ans av. J.-C., que la présence humaine s’affirme vraiment. Le Marsan a connu alors un peuplement assez dense, en particulier dans la zone des sables et lagunes située au nord de la Midouze. Considérée traditionnellement comme peu propice à l’installation des hommes –voire répulsive- cette zone s’avère en réalité avoir été fréquentée intensément au chalcolithique et aux débuts de l’âge du Bronze (entre -2200 et -1200 avant J.-C.). Les travaux récents du Centre de Recherches Archéologiques sur les Landes y ont révélé de multiples occupations puisque, malgré un taux de boisement très élevé qui restreint les terrains accessibles à la prospection, 31 sites de ces périodes ont été repérés dans cette zone depuis 4 ans. Plusieurs d’entre eux ont été fouillés, fournissant des informations précieuses sur l’adaptation des populations locales au milieu lagunaire et sablonneux des landes de Gascogne à la fin du IIIème millénaire et durant le IIème millénaire avant J.-C.

            A cette importante colonisation des terres succède à nouveau après le Bronze moyen une apparente désertification. Rares sont les témoins du Bronze final et de l’âge du Fer. Cette situation n’est sans doute que le reflet de l’orientation des recherches et les habitats de cette période restent probablement à découvrir. A moins qu’une modification de l’organisation sociale et économique, accompagnée d’un regroupement des hommes dans un petit nombre de lieux, ne soit intervenue à la fin de l’âge du Bronze. Dans cette hypothèse, des facteurs écologiques (climat humide entraînant une extension de la forêt) pourraient avoir joué un rôle. Mais les études sur l’évolution du climat n’en sont qu’à leurs débuts et ne sont pas encore en mesure d’apporter une réponse à cette passionnante question.

 

Les témoins matériels :

Les témoins matériels : les objets métalliques.

            Le Marsan n’a livré aucun objet en cuivre et seulement deux objets en bronze : une hache à légers rebords et une pointe de lance. La hache en bronze à légers rebords a été découverte à Mazerolles. J.-R. Bourhis, qui en a fait l’analyse, considère que sa « composition est conforme à celle des haches à petits rebords de la fin du Bronze ancien au début du Bronze moyen du Sud-Ouest, bien que la teneur en étain semble un peu élevée »(Causse et Merlet, 1989). Par sa forme, cette hache se rattacherait en effet au Bronze ancien, mais la forte teneur en étain laisse supposer une production un peu plus récente.

            La pointe de lance a été découverte lors des fouilles effectuées en 1975 par X. Schmitt à Mont-de-Marsan, près du donjon Lacataye. Il s’agit de l’extrémité distale d’une pointe de lance à douille qui pourrait bien appartenir au Bronze final (Roussot-Larroque et Merlet, en préparation).

            Cette rareté des objets métalliques ne doit pas surprendre. Les outils et armes en métal ne sont pas devenus rapidement d’usage courant. Bien que dépourvu de gîtes cuprifères, la région n’a cependant pas été tenue à ‘écart des courants de diffusion de la métallurgie. On en veut pour preuve la découverte en Pays de Brassenx, à une vingtaine de km à l’ouest du Marsan, de plusieurs dépôts de haches en cuivre et en bronze. Il ne serait donc pas étonnant que le Marsan, lui aussi, renferme de tels dépôts.

Les témoins matériels : la céramique.

            A défaut d’objets métalliques, nous disposons désormais de quelques séries de matériel céramique, pour lesquelles il est possible d’avancer une attribution culturelle, par comparaison typologique avec des productions d’autres régions.

            L’attribution est fiable lorsque les formes et décors ou les associations sont très caractéristiques. Ce n’est pas toujours le cas, d’autant que les recherches en Marsan ont porté essentiellement sur l’habitat et que le corpus des céramiques d’habitat est moins bien établi que celui des céramiques funéraires.

Le néolithique.

            Sur les milliers de tessons que nous avons recueillis ou examinés, un seul pourrait se rattacher au néolithique. Il s’agit d’un bord de vase trouvé à Uchacq-et-Parentis, orné de 4 rangées d’impressions en S alignées, décor qui rappelle des motifs du néolithique ancien d’autres régions. Mais comme il a été recueilli sur un site occupé au chalcolithique et au Bronze ancien (Gellibert, 1991), et qu’il ne s’apparente à rien de connu en Aquitaine, la plus grande réserve s’impose.

            L’apport des prospections est donc décevant pour les premières phases du néolithique, mais ce n’est pas un constat propre aux Landes. La difficulté à repérer d’éventuels gisements néolithiques est identique dans les régions où des opérations de prospection comparables ont été menées : Bassin de la Charente, par exemple (Roussot-Larroque et ali, 1988). Il est prématuré de conclure que le Marsan a été délaissé au néolithique, seule la poursuite des investigations sur le terrain pourra nous fixer à cet égard.

Le chalcolithique.

            Plusieurs petits habitats de plein air fouillés ces dernières années ont livré du mobilier céramique attribué au chalcolithique, c’est-à-dire aux cultures de la fin du IIIe millénaire avant J.-C., sans que l’on puisse préciser davantage, en l’absence d’éléments décorés.

-         A La Hubla (secteur 2), commune de Canenx-et-Réaut, a été fouillé en 1992 un habitat sur lequel ont été découverts les fragments de 4 grandes jarres à perforations en ligne sous le bord (Gellibert et Merlet, 1994a). C’était la première fois que ce type de poterie était rencontré en fouille en Aquitaine [Fig. 1]. Dans d’autres régions, les jarres à perforations préorales ont été signalées en contexte néolithique final et chalcolithique, mais perdurent parfois au Bronze ancien. Elles sont répandues sur la façade atlantique (Bretagne, côte du Centre-Ouest), en Languedoc, dans les lacs alpins et dans une partie de l’Europe. Souvent, elles sont associées au campaniforme sur les habitats comme au Muret, en Haute-Garonne (Jolibert, 1988) et à Mailhac, Embusco 3, dans l’Aude (Besse, 1992). Les autres éléments de La Hubla (secteur 2) sont des vases à paroi fine avec cordon triangulaire ou panse globuleuse, une jarre très ouverte à bord aplati, un vase à ouverture rétrécie et des vases à cordon vertical ou oblique.

-         Sur la commune de Maillères, à Saint-Rémy, a été fouillé en 1993 un campement situé en rebord de plateau, en bordure de la rivière Douze. Là encore, la céramique comprend des jarres à perforations préorales en ligne (7 récipients). Elles sont associées à des fonds ronds, à une terrine avec boutons de préhension et fond rond et à des vases à paroi fine à profil en S (Gellibert et Merlet, 1995a).

-         Sur l’unité d’habitation n°4 de Loustaounaou, commune de Canenx-et-Réaut, fouillée en 1993, gisaient les restes de 20 vases au moins. La vaisselle fine se compose d’un bol à fond plat, d’une écuelle à bouton, d’une écuelle carénée, de 3 vases de forme hémisphérique à bord ouvert et une tasse à anse boudinée [Fig. 2]. La céramique domestique plus grossière comprend de grands vases à ouverture rétrécie et des jarres à fond plat. Les pièces de cet ensemble sont dépourvues d’ornementation (Gellibert et Merlet, 1995b).

-         L’unité d’habitation n°5 de Loustaounaou, moins riche que la précédente (13 vases), a montré la même coexistence de formes fines et grossières. Parmi les premières, des gobelets à paroi mince. Dans les formes plus grossières : 2 terrines, l’une légèrement carénée, l’autre à bord épais ; 3 vases avec téton de préhension ; une anse forte sous bord. Une grande jarre haute de 44,4 cm avec des parois peu pansues et un fond plat possédait son couvercle bouchon [Fig. 3].

-         Deux autres sites ont livré en prospection des éléments pouvant se rapporter au même horizon culturel : l’un à Bostens, où l’on note des tessons à perforations avec des cordons sous bord, l’autre à Uchacq-et-Parentis.

Le campaniforme.

            En 1991, lors de la fouille du gisement du Grand Séouguès à Canenx-et-Réaut, étaient mis à jour 2 tessons provenant d’un grand vase décoré au peigne de bandes horizontales hachurées verticalement et obliquement alternant avec des bandes unies (Gellibert et Merlet, 1992). On a hésité à associer à ce campaniforme classique la céramique qui l’accompagnait, sa morphologie et son décor étant moins typiques.

            Cette présence campaniforme à Canenx-et-Réaut s’est trouvée confortée par les fouilles effectuées en 1993 sur le site voisin de Loustaounaou, où l’unité d’habitation n°1 étai un petit campement renfermant un mobilier céramique intéressant. Un tesson décoré au peigne de lignes horizontales encadrant une ligne brisée était associé à un gobelet peu galbé non orné possédant un cordon lisse sous le bord [Fig. 4]. Le reste du mobilier comprend un bord de grande jarre à perforations préorales en ligne, des fragments de grandes jarres non ornées à ouverture rétrécie ou cordon sous bord et fond plat. 7 vases au moins ont été identifiés. Un autre tesson trouvé en surface à quelques mètres de distance et qui pourrait provenir de cet ensemble présente lui aussi un décor au peigne : une bande unie et des lignes verticales.

            Les documents de Loustaounaou, tout comme ceux du Grand Séouguès, ne semblent pas appartenir à la phase initiale du campaniforme, mais plutôt à une phase moyenne ou évoluée, que l’on pourrait situer vers -2000 ans avant J.-C.

            Sur les 21 sites campaniformes recensés en Aquitaine en 1990, 7 seulement étaient des habitats, et encore leur identification tient-elle parfois à quelques tessons ramassés en surface. C’est dire combien nos connaissances sur ces habitats aquitains sont lacunaires (Roussot-Larroque, 1990).

            Si actuellement le campaniforme n’a été reconnu en Marsan que sur la commune de Canenx-et-Réaut, on peut espérer logiquement que d’autres sites de cette culture apparaîtront à l’avenir dans cette zone. Il serait en effet important de pouvoir situer avec précision les ensembles à jarres à perforations préorales.

Le Bronze ancien-moyen.

            Si la chronologie des objets métalliques est bien assurée, il n’en est pas de même pour la céramique, surtout d’habitat. Il est probable d’ailleurs que certaines formes, voire certains décors, ont perduré plusieurs siècles. On en est donc réduit à utiliser le terme de « bronze ancien-moyen » pour qualifier la plupart des poteries des débuts du Bronze, soit entre -1880 ans et -1200 ans avant J.-C.

            C’est vraisemblablement des débuts du Bronze que datent plusieurs unités d’habitation fouillées ces dernières années. Le secteur 1 de La Hubla renfermait les fragments de 8 jarres en forme de tonnelet, hautes d’une quarantaine de cm, ornées de traînées digitées ; ainsi que 3 écuelles non décorées. On a relevé sur l’unité d’habitation n°3 de Loustaounaou, de dimensions restreintes, un bord de récipient à ouverture rétrécie portant un cordon à arceau. A Loustaounaou toujours, dans l’unité d’habitation n°6, on retrouve les grandes jarres en tonnelets à traînées digitées avec des écuelles non ornées et des vases carénés biconiques non décorés.

            Au Grand Séouguès, un vase caréné, portant sur la partie supérieure un décor élaboré à la cordelette, gisait avec 2 fonds de grandes jarres à pastillages [Fig. 5]. Nous avons déjà commenté les implications chronologiques de cette association (Gellibert et Merlet, 1992). Les vases biconiques décorés à la cordelette sont fréquents dans les sépultures du Bronze ancien sud-aquitain (Séronie-Vivien, 1986). Plusieurs dates carbone 14 les placent vers -1700 avant J.-C. Ces biconiques à la cordelette sont parfois associés dans le nord de l’Aquitaine à la céramique à pastillages. Les grandes jarres en tonnelets, couvertes de pastillages et de cordons lisses incisés ou digités sont répandues au Bronze moyen dans un vaste espace qui s’étend de l’Ouest du Bassin Parisien jusqu’à l’Espagne. Elles abondent autour de l’estuaire de la Gironde et surtout en Médoc (d’où parfois le nom de « style médocain » donné à cette céramique). Comme on ne connaît pas encore la durée de vie de chacun des deux styles qui précèdent, on ignore si les pastillages sont apparus dès le Bronze ancien ou si les biconiques à la cordelette se sont prolongés longtemps dans le Bronze moyen. Les documents du Grand Séouguès mettent en évidence un chevauchement stylistique.

            Nous appelons pastillages des pastilles de pâte appliquées sur la pâte avant cuisson et étirées en languettes. Les pastilles ne doivent pas être confondues avec les pustules et les traînées qui résultent d’une projection de barbotine et sont souvent étalées avec les doigts (traînées digitées). Nous avons remarqué dans nos différentes fouilles que les pastillages ne sont jamais présents simultanément avec les traînées digitées, s’agissant de récipients de formes et dimensions assez semblables.

            Faut-il y voir l’émergence d’un critère de différenciation chronologique entre le Bronze ancien (traînées digitées) et le Bronze moyen (pastillages) ? Cette observation demandera à être vérifiée sur un nombre plus important de gisements.

            De la céramique à décors plastiques a été découverte aussi à Saint-Avit (2 sites) et à Bostens.

Le Bronze final.

            Curieusement, le Bronze final n’a pas été identifié en dehors de l’importante série mise à jour en 1975 par X. Schmitt lors de ses fouilles de la terrasse au pied du donjon Lacataye à Mont-de-Marsan. Cette série comprend notamment des petits gobelets, des vases à panse globulaire décorés de cannelures et des tessons décorés d’incisions et d’impressions, caractéristiques du Bronze final III, vers la fin du VIIIe siècle avant J.-C. (Coffyn, 1988).

            Là encore, c’est la carence des recherches qui explique certainement qu’un seul établissement de la fin de l’âge du Bronze ait été retrouvé en Marsan.

Organisation sociale, économie

Organisation sociale, économie : les habitats.

            Les travaux récents apportent un éclairage particulier sur les habitats. Ce sont des campements de dimensions restreintes : la plus petite unité étudiée couvrait 15 m2 et la plus étendue 180 m2, la moyenne se situant autour de 40 m2.

            Aucune structure de construction n’a été observée : pas de trous de poteaux, pas de fosses, pas de foyers bien délimités, pas de restes d’élévations en pierre ou torchis. Sur le campement chalcolithique de Saint-Rémy cependant, deux structures de calage circulaires en petit bloc de grès ont été interprétées comme servant au calage de poteaux. Ce sont les seuls éléments repérés à ce jour qui pourraient attester d’une cabane en élévation sur dix unités d’habitations explorées. Dans ce pays de sable, il faut envisager des installations en matériaux périssables ne laissant pas de trace durable : bois, brande, fougère, paille.

            Ces unités d’habitation ne sont pas groupées. A Loustaounaou et au Grand Séouguès, la question se pose néanmoins de la contemporanéité des différentes unités d’habitation relevées. Rien ne permet jusqu’ici d’affirmer que nous serions en présence d’un village ou même d’un hameau. Les habitations ne sont pas entourées d’un fossé. Le fossé d’Uchacq (Gellibert, 1991) semble trop rectiligne dans son tracé pour se rapporter aux occupations préhistoriques du site.

            L’organisation de l’espace habité ne peut être reconstituée que partiellement. La lecture des plans de répartition du mobilier archéologique qui ont été dressées fournit des informations limitées : à Saint-Rémy, la nappe de vestiges dessine un arc de cercle axé sur les 2 blocs de calage. L’unité n°4 de Loustaounaou présente 2 zones bien distinctes : la première où sont concentrés de nombreux débris de céramique fine avec de la céramique plus grossière, la seconde, à 4 m à l’Est où étaient écrasées sur place 5 grandes jarres à provisions. Cette différenciation spatiale dans la nature des récipients correspond à des fonctions domestiques différentes des 2 zones : la première avec de la vaisselle fine, est une aire de vie autour du centre de l’habitation, la seconde servait vraisemblablement au stockage des denrées [Fig. 6].

            Le remontage des poteries invite à la prudence. Des raccords ont été réalisés entre des tessons trouvés à 9 m de distance les uns des autres (La Hubla, secteur 2) et jusqu’à 20 m (Loustaounaou, unité n°6). Les objets ont subi des déplacements postérieurement à leur bris, par piétinement ou d’autres actions humaines.

            Le choix des lieux d’implantation de l’habitat n’est pas fortuit. L’exemple le plus significatif est celui du « complexe » de Loustaounaou-Grand Séouguès. Les hommes qui se sont succédés sur ce site pendant plusieurs siècles ont choisi un terrain dominant légèrement des zones humides au Nord et au Sud. A Saint-Rémy, c’est la proximité de la rivière Douze, dessinant un méandre, qui semble bien avoir guidé le choix du lieu [Fig. 7]. Le secteur I de La Hubla est établi à 30 m seulement derrière le bourrelet de la lagune. Plusieurs gisements se trouvent pareillement non loin d’anciennes lagunes aujourd’hui asséchées, mais alors en eau. Faut-il invoquer dans ces cas une attirance pour les milieux humides à l’instar du phénomène observé alors dans d’autres parties de l’Aquitaine occidentale (Médoc, delta de la Leyre, marais du Bordelais) ?

Organisation sociale, économie : les sépultures.

            Alors que les sépultures sont mieux documentées que les habitats dans le Sud des Landes et en Béarn, c’est l’inverse en Marsan. Une fois de plus, il ne faut y voir que le reflet de l’orientation des travaux de terrain.

            Le tumulus de l’Oranger, au Nord-Est de Mont-de-Marsan, arasé en 1993, renfermait une petite urne carénée à fond rond, vide, posée sur un lit de charbons de bois. Dans l’attente d’une datation radiocarbone, il est délicat de situer cette urne (Gellibert et Merlet, 1994b).

            Le vase biconique cordé du Grand Séouguès associé à 2 fonds plats de vases à pastillages relève peut-être d’un fait sépulcral, bien qu’aucun charbon , ni aucune cendre n’aient été remarqués à proximité. Les nécropoles ne doivent pas être très éloignées des habitats. Le seul tumulus, apparemment inviolé, que nous ayons repéré dans le secteur est à plus d’un km à vol d’oiseau. Mais les incinérations en tombes plates sans tumulus et les tombes à fosse sont connues au Bronze moyen dans la région d’Arcachon, au Truc de Bourdiou à Mios (Peyneau, 1926).

Organisation sociale, économie : les enceintes.

            Les possibilités défensives de certains sites ont été utilisées précocement. Des positions favorables comme les confluences de ruisseaux représentent des systèmes défensifs naturels facilement aménageables. L’éperon que forme la Douze avec un affluant de sa rive gauche, le Roumat, a été barré par une levée de sable imposante et un fossé, délimitant une enceinte d’1 ha environ. Le site a été occupé sans doute dès le chalcolithique (Gellibert, 1986). Les enceintes de ce type, ou d’autres plus éloignées des rivières, restent à explorer.

Organisation sociale, économie : l’économie.

            Il faut se garder d’appliquer sans nuances les modèles d’économie pastorale. L’élevage devait jouer un rôle essentiel pour procurer les ressources vitales et la montée en puissance de la transhumance pastorale en Marsan est possible. Ce phénomène a été reconnu dans des régions de parcours traditionnelles (Causses, Provence, Languedoc, Cantal). Mais la pratique de l’agriculture est attestée par la présence de meules à broyer les grains et de lames de faucilles à lustré. Des meules et broyeurs ont été recueillis à Canenx-et-Réaut, Bretagne-de-Marsan, Maillères, Uchacq-et-Parentis. L’agriculture implique une sédentarisation ou au moins semi-sédentarisation de la population. Nous sommes loin alors de l’image de la lande parcourue par des pasteurs nomades accompagnant leurs troupeaux.

            La persistance des pointes de flèches démontre que les activités cynégétiques occupaient une place non négligeable dans l’exploitation des ressources de l’environnement, tout comme la pêche certainement dans les rivières et peut-être dans les lagunes.

            Plusieurs fusaïoles en terre cuite, dont l’une trouvée sur l’habitation n°3 de Loustaounaou, apportent la preuve que le tissage était une activité artisanale pratiquée. Parmi les autres activités artisanales, les poteries étaient-elles produites localement ? L’argile était accessible en divers points. A La Hubla (secteur 2), des petits blocs d’argile cuite portant des empreintes de clayonnages et des empreintes digitales pourraient provenir d’un four. Cet indice est trop mince pour pouvoir affirmer que les poteries étaient fabriquées sur place.

            Il ne faut pas non plus imaginer des populations vivant dans l’isolement, coupées de tout contact avec l’extérieur. Les exemples de relations avec l’extérieur sont multiples. Le décor des vases campaniformes traduit d’évidentes influences des modes répandues alors dans toute l’Europe. La lame de poignard en silex provenant des ateliers du Grand Pressigny, en Indre-et-Loire, trouvée à Uchacq, est en quelque sorte un objet de prestige. C’est le témoin indiscutable d’échanges lointains, dès la fin du IIIe millénaire avant J.-C. La hache en bronze de Mazerolles est aussi un objet d’importation. Une grande partie du silex débité en Marsan vient de Chalosse, plus précisément de l’anticlinal d’Audignon. Des voies de circulation Nord-Sud sont donc très probables. Beaucoup de progrès restent encore à accomplir pour savoir si toutes les implantations repérées depuis quelques années étaient reliées entre elles en une sorte de réseau. Mais déjà les données recueillies bouleversent l’image d’un Marsan déserté ou parcouru seulement par quelque pauvre hère égaré dans les sables.

Bibliographie

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CAUSSE (F.), 1996, « Habitats postglaciaires à Bretagne-de-Marsan, dans Néolithique et chalcolithique dans les Landes et en Béarn. Données nouvelles », publication n°1 du CRAL, pp. 33-38.

CAUSSE (F.) et MERLET (J.-C.), 1989, « Nouvelles découvertes du néolithique et de l’âge des Métaux en Marsan », Bull. Soc. Borda, pp. 137-150.

COFFYN (A.), 1988, « La collection Schmitt à Mont-de-Marsan », Bull. Soc. Borda, pp. 29-36.

GELLIBERT (B.), 1986, « L’éperon barré de Saint-Avit », dans Néolithique et chalcolithique…, pp. 39-43.

____________ , 1991, « Un habitat du Bronze à Uchacq », Bull. Soc. Borda, pp. 267-286.

GELLIBERT (B.) et MERLET (J.-C.), 1992, « L’habitat protohistorique du Grand Séouguès à Canenx-et-Réaut. Fouilles 1991 », Bull. Soc. Borda, pp. 219-242.

___________________________ , 1994, « La fouille de La Hubla à Canenx-et-Réaut, Landes », Bull. Soc. Borda, pp. 93-107.

___________________________ , 1994, « Le tumulus de l’Oranger à Mont-de-Marsan, Landes », Archéo. Des Pyrénées Occidentales et des Landes, t. 13, pp. 113-119.

___________________________ , 1995a, « Le campement chalcolithique de Saint-Rémy à Maillères, Landes », Bull. Soc. Borda, à paraître.

___________________________ , 1995b, « L’habitat chalcolithique de Loustaounaou à Canenx-et-Réaut, Landes », Archéo. Des Pyrénées Occidentales et des Landes, t. 14, à paraître.

JOLIBERT (B.), 1988, Le gisement campaniforme de Muret (Haute-Garonne), Archives d’Ecologie Préhist., EHESS, Toulouse, n°8, 135p.

PEYNEAU (B.), 1926, Découvertes archéologiques en Pays de Buch, Bordeaux, Féret éd.

ROUSSOT-LARROQUE (J.) et ali, 1988, « Sites de hauteur et de vallée dans le Bassin de la Charente : l’exemple de la Seugne et du Né », Actes du 111e Congrès des Sociétés Savantes, Poitiers, 1986, pp. 347-384.

ROUSSOT-LARROQUE (J.), 1990, « Paradigmes perdus, paradigmes retrouvés. Le campaniforme atlantique et les sociétés du néolithique Final de l’Ouest », Rev. Archéo. de l’Ouest, suppl. n°2, pp. 189-204.

ROUSSOT-LARROQUE (J.) et MERLET (J.-C.), 1995, (en préparation), Chalcolithique et âge du Bronze dans les Landes.

SERONIE-VIVIEN (R.), 1986, « Remarques sur le Bronze ancien en Aquitaine », Bull. Soc. Préhist. Française, t. 83, pp. 73-74.

(ndr : plusieurs des publications de cette bibliographie sont consultables sur la page Documents d’Archeolandes.)

 

 

 

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