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Les Landes archéologiques

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Les Landes archéologiques

VINGT-CINQ ANNÉES D'ARCHÉOLOGIE LANDAISE
(1977-2001)

par Jean-Claude Merlet
paru en 2001 dans le Bull. de la Soc. de Borda.

I - UNE DISCIPLINE EN PLEINE ÉVOLUTION

En 1960, dans le Bulletin de la Société de Borda, Robert Arambourou faisait le point des connaissances du moment sur l'archéologie landaise (Arambourou, 1960). Ce premier état de la question était un véritable constat de carence après 40 ans de désintérêt presque complet des chercheurs pour notre département. Vingt ans plus tard, dans deux articles publiés dans le Bulletin, il dressait un bilan des acquis de deux décennies de recherches (Arambourou, 1979, 1981).

Le bilan de 1981 traduit les progrès considérables accomplis depuis 1960 et pose les jalons de l'archéologie moderne dans les Landes. Dans le même temps, il reflète une situation dans laquelle les problématiques de la recherche sont encore largement prisonnières des idées reçues. Celles-ci sont autant de freins aux investigations de terrain. Nous n'en voulons pour exemple que ce que l'on pourrait appeler "le mythe du désert landais". En 1960, l'opinion prévalait que les Landes n'avaient connu la néolithisation, c'est-à-dire l'accession des sociétés humaines à une économie de production (agriculture, élevage, poterie, tissage) que très tard. Arambourou écrit : "A partir du Mésolithique, par leur situation géographique, les Landes sont un territoire qui devient une sorte de fin de terres, longtemps à l'écart des grands courants culturels..." et encore, pour l'âge des métaux : "La prépondérance du bronze s'établit ici alors qu'ailleurs (vallée de la Garonne...) le fer a déjà fait son apparition". Vingt ans après, en 1981, il écrit encore : "Le Néolithique apparaît en Provence au 6e millénaire, mais seulement au 4e dans le Sud-ouest. Pour les Landes, sa présence est sans doute encore plus tardive, peut-être pas avant la seconde moitié du 3e millénaire, alors qu'ailleurs commence déjà l'âge des métaux..." et aussi : "Le territoire des Landes apparaît pratiquement comme un espace vide, une sorte de Far West, dont la colonisation n'a dû commencer qu'assez tard et s'est poursuivie lentement". Ce mythe du désert landais repose sur un postulat : on n'a trouvé aucun vestige du Néolithique, donc les Landes étaient désertes à cette époque. Mais l'aspect pernicieux du postulat réside dans le raisonnement implicite : puisqu'il n'y a rien à trouver, inutile de chercher. Comme corollaire de ce premier postulat, on posait que le peuplement n'a pu se faire que depuis l'extérieur, par vagues successives. C'est tout le poids du modèle diffusionniste, encore en vogue aujourd'hui, même pour les périodes historiques (les grandes invasions). Les travaux de ces dix dernières années ont fait un sort à ce mythe du désert landais, montrant que les populations de la Préhistoire récente ont su s'adapter très tôt aux conditions écologiques particulières de la grande plaine de sable des Landes de Gascogne. Dès le Néolithique final et les débuts de l'âge des métaux, la région est déjà peuplée semble-t-il de manière dense. En tout cas, elle n'est jamais restée à l'écart des grands courants de l'évolution technique et culturelle.

Cet exemple illustre bien à quel point le discours archéologique, largement articulé autour de quelques thèmes généraux, oriente la recherche. L'interprétation des résultats fournis par le travail de terrain est fonction de problématiques et de questions préalables. Les changements s'opèrent sous l'effet de l'évolution de la discipline, qui a connu un formidable bond en avant, rendu possible d'abord par les progrès de la technique : datations par des méthodes radiométriques, techniques de laboratoire pour étudier les moindres restes (palynologie, sédimentologie, anthracologie, dendrochronologie,...). Désormais, les occupations humaines sont replacées dans leur contexte naturel. L'objet, considéré avant tout comme le support d'informations de tous ordres, passe au second plan, au profit de l'organisation sociale mise au centre des préoccupations. Les vestiges matériels sont exploités par de multiples spécialistes. L'apport des expérimentations technologiques sur le débitage du silex, sur la métallurgie, la poterie, a été considérable, pour reconstituer les gestes des hommes préhistoriques. Dans le même temps, ont été instaurées des méthodes de travail pluridisciplinaires, une professionnalisation des équipes. Des moyens humains et financiers accrus ont été mis en place. De son côté, le public, enclin à retrouver ses racines, porte un intérêt nouveau aux travaux des archéologues, que les médias mettent en valeur lorsque quelque découverte spectaculaire intervient.

L'archéologie landaise n'a pas échappé aux bouleversements qu'a connus la discipline depuis 25 ans. A son niveau, elle a intégré le renouvellement des problématiques et des méthodes. Pourtant, par le nombre d'opérations, le département vient toujours en assez modeste position en Aquitaine. Depuis 1975, le nombre d'opérations de terrain réalisées dans les Landes s'est élevé à 10 par an en moyenne. A ces opérations de terrain, il convient d'ajouter les travaux de laboratoire et les études diverses qui concourent également à la recherche. C'est davantage que pendant la période antérieure (5 à 7 opérations par an avant 1975), mais encore très peu. Il faut dire que le département est peu urbanisé et couvert en grande partie par la forêt.

Parallèlement, l'inventaire des sites est entré dans une phase systématique, avec la constitution d'une banque de données par département, centralisée au Service Régional de l'Archéologie (SRA) à Bordeaux. Cette base, qui s'articule avec les Plans d'Occupation des Sols et les plans cadastraux, est consultée lors de l'instruction des procédures administratives d'urbanisme (permis de construire, révision des POS). La gestion du patrimoine archéologique se fait de plus en plus dans une optique préventive. Les découvertes fortuites et les prospections organisées alimentent cette base, qui comporte déjà plusieurs milliers de sites pour les Landes.

II - DES RÉSULTATS TRÈS INÉGAUX

En suivant un ordre chronologique, on peut tenter de dresser un rapide panorama de l'archéologie dans les Landes depuis 25 ans.

Le Paléolithique ancien et moyen

Depuis la thèse de Claude Thibault sur la Chalosse, on sait que les traces les plus anciennes de la présence de l'Homme sur le sol landais remontent à 300 000 ans environ (Thibault, 1970). Hélas, aucune donnée nouvelle n'est venue depuis 30 ans préciser cette ancienneté. Certes, la géologie de la région n'est pas favorable à la formation de grottes et abris dont le remplissage constitue généralement la matière privilégiée des études pour ces périodes. Pourtant, la Chalosse est bien pourvue en gisements de plein air, mais ceux-ci, sans doute plus ingrats à étudier, n'ont pas attiré les chercheurs. Personne ne s'est vraiment penché sur le Paléolithique ancien dans la région depuis 30 ans. Pratiquement rien de nouveau n'est donc à signaler. L'idée se fait jour cependant que certaines séries attribuées à l'Acheuléen, comme Bouheben à Baigts-en-Chalosse, mériteraient peut-être d'être rajeunies.

Le Paléolithique moyen correspond à l'Homme de Neandertal et aux industries moustériennes. Elle se place chronologiquement entre -80 000 et - 35 000 ans av. J.-C. Peu de progrès ont été réalisés depuis 25 ans pour cette période. Les prospections ont apporté confirmation que les industries lithiques moustériennes sont largement répandues en plein air, en Chalosse et en Tursan, où elles sont représentées par plusieurs faciès. Seule une fouille à Bénesse-lès-Dax est à mentionner (J.-C. Merlet, 1993). L'absence de restes de faune conservés explique peut-être l'absence d'attrait pour les gisements moustériens chalossais.

Le Paléolithique supérieur

Cette période correspond à l'Homme actuel (Homo sapiens sapiens), apparu il y a 35 000 ans. Le Paléolithique supérieur était déjà la période la plus étudiée par le passé dans les Landes, et elle est demeurée la période de prédilection des préhistoriens. Des gisements célèbres comme Brassempouy et Sorde-l'Abbaye, ont été le cadre de travaux importants.

Brassempouy
Les fouilles ont repris en 1981 sous l'impulsion d'Henri Delporte sur ce gisement qui passait pour épuisé. Elles se poursuivent toujours et le 20e anniversaire de cette reprise est célébré cette année. Si elles ont déçu l'attente de ceux qui espéraient de nouvelles œuvres d'art spectaculaires, ces fouilles récentes ont apporté une moisson considérable d'informations scientifiques. Le principal résultat est de faire progresser les connaissances sur les premières phases de l'Aurignacien (vers -30 000 avant J.-O), avec en particulier la mise en évidence sur le site, d'un réseau de différentes cavités, qui communiquent par un espace commun contenant de riches niveaux.

Sorde-l'Abbaye
Plusieurs abris sous roche s'ouvrent au pied de la falaise du Pastou à Sorde-l'Abbaye. Ils renferment d'importantes occupations du Magdalénien moyen et supérieur (entre - 12 000 et - 9 000 avant J.-C). Le plus important d'entre eux, l'abri Duruthy, a été fouillé par R. Arambourou de 1958 à 1985, tandis que l'abri Dufaure a été étudié par une équipe américaine dirigée par L.G. Straus de 1980 à 1984. Ces recherches ont permis d'améliorer les connaissances sur le mode de vie des groupes magdaléniens qui s'installaient là régulièrement du début de l'automne à la fin du printemps. Elles ont mis en lumière l'ampleur inégalée des aménagements de galets réalisés par les Magdaléniens sur le site de Duruthy, qui apparaît comme un site majeur du Magdalénien du Sud-ouest (Arambourou, 1978). Elles ont aussi fourni une somme non négligeable d'informations sur l'environnement naturel de l'époque, le paysage, la faune (Straus, 1995).

Le Paléolithique supérieur en plein air
En dehors de sites bien localisés, il est utile de connaître la répartition dans l'espace des campements des Hommes du Paléolithique. Les sites de plein air nous donnent un aperçu de leurs déplacements, des territoires qu'ils parcouraient. C'est pourquoi les recherches portent de plus en plus sur l'exploitation par ceux-ci, des ressources en matière première (silex). La Chalosse, bien pourvue en telles ressources, était très fréquentée par les populations paléolithiques, qui savaient y trouver les matériaux nécessaires à la confection de leurs outils. Parmi le grand nombre de sites repérés, quelques-uns seulement ont été étudiés de manière approfondie, comme autour de Dax les gisements aurignaciens de Tercis (Normand, 1987) et Bénesse-lès-Dax (Merlet, 1993), fouillés dans les années 1985. D'autres ont fait l'objet de travaux d'étu¬des partielles comme celui de Garet à Serreslous-et-Arribans, daté de l'Aurignacien (Klaric, 1999) et un gisement du Magdalénien récent à Narrosse (Merlet, 1987).

Au nord de l'Adour, le sable a tout recouvert et nous masque les traces des hommes de la préhistoire qui peuvent subsister sur le sol antérieur. La confirmation éclatante en a été apportée par la fouille en 1998 à Brocas-les-Forges d'un gisement attribué au Badegoulien, soit vers -15 000 avant J.-C. (Gellibert et Merlet, 2001). Mais le manteau de sable risque d'empêcher longtemps la découverte des sites.

Mésolithique et Néolithique

Le Mésolithique est la période intermédiaire entre la fin du Paléolithique (- 9 000 av. J.-C) et le Néolithique (- 5 500 av. J.-C.). Dans les Landes, cette période demeure une zone d'ombre, faute d'investigations. Le Néolithique n'est pas mieux documenté. Il faut attendre la fin du 3e millénaire pour trouver à nouveau des vestiges évidents de la présence humaine. Pourtant, on imagine mal le sol landais abandonné, déserté, et ce hiatus n'est très vraisemblablement qu'apparent.

Age des Métaux

C'est peut-être cette période qui a connu dans les Landes les progrès les plus importants. Largement délaissée par le passé, elle a bénéficié à partir de 1985 de travaux de terrain assez nombreux. Un renouveau des recherches est à mettre au crédit du Centre de Recherches Archéologiques sur les Landes (CRAL), qui mène depuis 1991, un programme sur l'occupation du sol au Néolithique final et à l'âge du Bronze dans le nord du Marsan. Le principal résultat de ce programme est la mise en évidence d'un potentiel archéologique considérable dans cette zone réputée vierge, puisque les prospections y révèlent 1 site pour 9 hectares en moyenne. Les grands courants culturels de la fin du Néolithique et des débuts de l'âge du Bronze y sont présents, comme le Campaniforme et le Bronze moyen médocain (Gellibert et Merlet, 1997). Les habitats fouillés sont de dimensions restreintes et assez pauvres, sans témoins de constructions durables. Correspondent-ils à des haltes de pasteurs transhumants ? Les témoins d'une agriculture vivrière que l'on y exhume laissent supposer une économie plus complexe, pas seulement liée à l'élevage.

Dépourvu de minerai de cuivre, le sous-sol landais a livré récemment des haches en cuivre et en bronze, en Pays de Brassenx notamment (Arengosse, Ygos-et-Saint-Saturnin), montrant que le métal a circulé très tôt dans la région, sans que l'on puisse constater un retard par rapport aux régions avoisinantes. Tant au nord qu'au sud de l'Adour, les découvertes fortuites rapportables à l'âge des métaux, depuis le Chalcolithique jusqu'à l'âge du Fer, se sont multipliées ces dernières années. Tous ces indices s'accumulent pour démontrer un peuplement plus étoffé qu'on ne l'avait imaginé jusqu'alors.

Protohistoire

La Protohistoire, intermédiaire entre la Préhistoire et l'Histoire, s'étend de la fin de l'âge du Bronze à la conquête romaine. Deux chantiers, dont l'importance dépasse le cadre départemental, sont en activité actuellement :

Le premier concerne l'archéologie funéraire. A Mouliot, commune de Laglorieuse, une nécropole en tombes plates du 1er âge du Fer (vers 700-500 av. J.-C), en cours d'étude depuis 1995 par B. Gellibert et J.-C. Merlet (CRAL), se révèle le plus important cimetière communautaire de cette période fouillé à ce jour en Aquitaine, avec plus d'une centaine de sépultures (Fig. 1).


Fig.1 - Nécropole de Mouliot (Laglorieuse).
Mobilier céramique des sépultures S57, S60, S64 et S68. (1e Age du Fer).
Fouilles B. Gellibert - J.-C. Merlet.


Le second, dans le domaine très particulier de l'archéologie subaquatique, qui se poursuit sans discontinuer depuis 1976, est placé sous la direction de B. Maurin. Les fouilles sublacustres de Sanguinet ont montré l'existence de plusieurs points d'occupation sur les berges d'une ancienne rivière actuellement submergée par les eaux du lac de Cazaux-Sanguinet. La montée des eaux du lac a préservé de la destruction les vestiges en matière organique (bois en particulier) alors que de tels vestiges ne se conservent pas sur les sites de plein air. C'est ainsi qu'un nombre significatif de pirogues monoxyles a été trouvé (29 au total) et que des structures d'habitat ont pu être relevées : village avec palissade du 2ème âge du Fer de l'Estey du Large ; cabane du 1er âge du Fer de Put Blanc III (Maurin, 2000).

Dans un registre totalement différent, la photographie aérienne utilisée de manière systématique, a permis de replacer dans l'espace, des dizaines de tumulus chalossais et d'en découvrir d'autres, la plupart arasés ; mais aussi d'apercevoir des traces invisibles du sol : fossés, enceintes, voies de circulation (Didierjean, 1988).

Ponctuellement, ont eu lieu des fouilles dictées par l'urgence, en raison des menaces de destruction qui pesaient sur les gisements, comme sur les tumulus d'Agés à Monségur et de l'Oranger à Mont-de-Marsan.
Antiquité

Plusieurs opérations se sont achevées dans les années soixante-dix : en 1975, la villa d'Augreilh à Saint-Sever (Dubedat, 1987) et celle de Géou à Labastide d'Armagnac (Bost et alii, 1984).

Le centre-ville de Dax a fait l'objet de deux opérations d'envergure à l'occasion de réaménagements urbains : à l'Ilot central, les fondations d'un temple monumental ont été mises au jour en 1978-79. En 1982, à l'emplacement des Halles, a été découvert un dépôt de statuettes en bronze (Mercure, Esculape, etc.). Il n'y a pas eu d'opération de grande ampleur depuis lors. Plusieurs interventions ponctuelles ont tout de même permis d'ouvrir des petites "fenêtres" sur la cité gallo-romaine, laissant entrevoir quelques pièces d'un grand puzzle difficile à reconstituer.

Des sondages et des fouilles de sauvetage à Gouts (1975-77), à Pujo-le-Plan (1984), à Hastingues, à Oeyregave, à Mont-de-Marsan, sur le belvédère de Morlanne à Saint-Sever, à Saint-Paul-lès-Dax et bien d'autres encore, sont venus éclairer différents aspects de l'espace rural, encore largement inexploré aujourd'hui. Grâce à la photographie aérienne, les tracés des voies romaines Bordeaux-Dax et Aire-Lescar sont mieux connus. De nouveaux dépôts monétaires ont été mis au jour : Gouadet à Gourbera et Losa à Sanguinet. Plusieurs séries de mobilier céramique ont été étudiées en détail, mettant en évidence des productions originales, comme les récipients à anses internes.

Au plan des idées, le pastoralisme transhumant sert toujours de paradigme. Les tenants de ce modèle socio-économique tirent argument du faible nombre de villae donc d'un espace agraire peu structuré, ainsi que de la nature et de la dimension des habitats ruraux et du standard de vie très bas de leurs occupants (Réchin, 2000).

Moyen-Age

A partir de l'Antiquité tardive (lVe -Ve s.), c'est toujours le néant -ou presque- pour les pays landais. Cette lacune pour le haut Moyen-âge est à attribuer là encore à l'absence d'investigations. Pourtant, à Pardies (Peyrehorade), on a deviné des témoins du haut Moyen-âge (Bavoillot, 1983). Au Mas d'Aire, Ph. Vergain a montré l'existence d'un sanctuaire paléochrétien sur l'emplacement d'un établissement gallo-romain. Le même schéma est possible à Gouts et sans doute en bien d'autres lieux du département.

Pour le bas Moyen-âge, une opération majeure a été menée à Labrit de 1990 à 1995 sous la direction de Yan Laborie : la fouille du château d'Albret, qui a mis au jour les différents états des bâtiments édifiés entre le XIIIe s. et le XVIIe s. sur cet établissement castral, berceau de la famille d'Albret (Fig. 2). On attend avec intérêt la parution de la monographie annoncée.

Fig.2 - Labrit.
Vue générale de la grande salle de la résidence seigneuriale.
Elle est bordée, côté Est, de sa galerie, qui fut par deux fois remaniée (XIVe et XVe siècles).


Plusieurs opérations ponctuelles doivent être mentionnées, en particulier celle réalisée en 1994 à Mont-de-Marsan (Ruiné-Lacabe, 1995). Un inventaire des mottes féodales a été entrepris en Pays de Born (Serge Barrau) et en Marsan (Jeanne-Marie Fritz), mais on doit déplorer que ces travaux n'aient pas encore débouché sur des publications complètes. La mise en évidence d'ateliers de production de céramique à Beylongue et à Hontanx, de métallurgie à Abesse (Saint-Paul-lès-Dax), laisse penser que bien des activités artisanales locales sont encore ignorées.

III - LA DIFFUSION DES CONNAISSANCES

Un développement important des publications

Si la recherche de terrain a avancé, le nombre et la qualité des publications ont -quant à elles- considérablement progressé.

Des monographies ont paru sur les gisements paléolithiques de Duruthy (Arambourou, 1978) et Dufaure (Straus, 1994). Des publications de synthèses sont venues fort à propos rassembler les connaissances sur les Landes gallo-romaines. Citons essentiellement : La carte archéologique de la Gaule, Landes (Boyrie-Fénié, 1995) excellent inventaire et outil de travail.

Les Landes trouvent aussi une place dans les synthèses et ouvrages de thématiques régionales : L'âge du Fer en Aquitaine (Mohen, 1980) ; Les racines de l'Aquitaine (Maurin et atii, 1992) ; Les enceintes gallo-romaines d'Aquitaine (Garmy et Maurin, 1996) ; Le Recueil général des mosaïques de la Gaule (Balmelle, 1987). Ces ouvrages sont souvent fort bien illustrés, avec des photographies remarquables de P. Bardou notamment.

Les Plans d'Occupation des Sols Historique et Archéologique (POSHA) d'Aire-sur-l'Adour en 1982, de Dax en 1986, et bientôt celui de la Grande Lande, mis en œuvre sous la direction de J.-B. Marquette par le Centre de Recherches sur l'occupation des sols et le peuplement, de l'Université de Bordeaux III, constituent des documents de référence utiles aux chercheurs et aux aménageurs.

D'une manière générale, les vingt dernières années sont marquées par la multiplication des revues spécialisées, toutes susceptibles d'accueillir les contributions des auteurs régionaux : Aquitania, Archéologie des Pyrénées occidentales et des Landes, Bulletin de la Société d'Anthropologie du Sud-Ouest, Bulletin de la Société Préhistorique Française.

Depuis 1991, le Service Régional de l'Archéologie édite un Bilan scientifique annuel qui fournit un compte-rendu rapide de toutes les opérations de terrain.
La place de la Société de Borda dans l'archéologie landaise aujourd'hui.

Il faut rappeler le rôle très actif joué par la Société de Borda aux premiers temps de sa fondation, entre 1876 et 1895, à travers ses animateurs éminents que furent du Boucher, Pottier, Dufourcet, Testut, de Laporterie, Camiade, Taillebois. C'est l'époque des pionniers et rien n'arrête l'ardeur de nos devanciers. N'ont-ils pas fouillé à Estibeaux 16 tumulus en 2 jours! Ils engagent la Société dans leurs travaux et rendent compte des résultats obtenus dans le bulletin, souvent hélas de manière trop succincte. Grâce à leur activité débordante, la Société de Borda acquiert une notoriété de bon aloi dans les milieux "savants" nationaux. Par la suite, Dubalen rédige de rares articles pour présenter ses fouilles. Puis, une longue éclipse se produit jusqu'aux années soixante marquées par la reprise de la publication d'articles d'archéologie, sous l'impulsion des deux principaux acteurs locaux de l'archéologie landaise des années soixante à quatre-vingt, collaborateurs réguliers du bulletin, disparus depuis : Brigitte Watier (+1988) et Robert Arambourou (+1989).

Un rôle dans la publication, maintenu.

On aurait pu craindre que le caractère pluridisciplinaire de la revue et son format, peu propice à la reproduction des illustrations, n'entraînent une certaine défection de la part de la communauté archéologique régionale. Fort heureusement, il n'en a rien été. Sans doute la présence d'archéologues au sein du Bureau et du Conseil d'Administration n'est-elle pas étrangère au maintien de cette tradition.

Un bilan chiffré montre qu'entre 1975 et 2000, 97 articles d'archéologie ont été publiés dans le bulletin, c'est-à-dire 4 par an en moyenne entre 1975 et 1990 et 3 par an en moyenne entre 1990 et 2000. Ou encore, si l'on préfère, 1 article du bulletin sur 7 concernait l'archéologie entre 1975 et 1990 et 1 sur 10 seulement entre 1990 et 2000. On y constate donc une diminution récente de ce thème. Cette baisse s'explique en partie par le développement d'autres revues spécialisées servant de support à la publication. Entre 1975 et 1986, un bilan annuel des recherches était également publié dans le bulletin. Cette rubrique a été interrompue, non pas faute de matière, mais au contraire du fait de sa surabondance et de la dispersion des chercheurs. Alors, dans un souci d'efficacité, un partenariat avec d'autres organismes associatifs a été mis en place. C'est ainsi que depuis 1996 la revue Archéologie des Pyrénées occidentales et des Landes est coproduite par la Fédération archéologique des Pyrénées Occidentales et des Landes et la Société de Borda. De même, un partenariat existe aussi avec la Fédération Historique du Sud-ouest et le Parc Naturel Régional pour l'organisation et la publication de colloques et de congrès qui accueillent -entre autres- des communications d'archéologie (congrès de Sabres en 1995, de Brocas-les-Forges en 2000).

Référencé dans de nombreuses bibliothèques publiques, le bulletin demeure un support reconnu de la publication archéologique locale.

Un lieu d'échanges irremplaçable.

Les réunions de conférences mensuelles sont l'occasion pour les archéologues œuvrant dans le département, de faire connaître leurs dernières découvertes à un large public, et de faire visiter des monuments ou chantiers de fouilles, etc.. Les intervenants, issus de différents horizons : professionnels, bénévoles, trouvent là un lieu de parole et d'échanges. Pour beaucoup d'étudiants, c'est la possibilité de faire leur première communication, de présenter leurs travaux de maîtrise ou de doctorat.

La bibliothèque dispose d'un fonds archéologique non négligeable, surtout au niveau des revues, encore insuffisamment mis en valeur. Nous avons commencé à le compléter et prévoyons de l'enrichir pour en faire un pôle attractif de documentation qui pourrait servir de relais entre les centres universitaires de Bordeaux, Toulouse et Pau.

Par ces diverses activités au niveau de la recherche, de la publication et de la vulgarisation des connaissances, la Société perpétue une tradition archéologique plus que centenaire. Ainsi, elle répond bien à sa mission, qui lui a valu en 1980 la reconnaissance d'utilité publique.

Conclusion : l'orientation des recherches dans les années à venir

Ce panorama trop rapide a permis d'aborder seulement les principales tendances des 25 dernières années. Comment l'archéologie landaise dans les années à venir va-t-elle évoluer ? Il est délicat de le prévoir car comme on l'a vu, les grands axes de la recherche sont tributaires des centres d'intérêt des archéologues. En d'autres termes, on trouve un peu ce que l'on cherche. Tout au plus peut-on tenter une projection à partir de la situation actuelle.

Quelques thèmes majeurs mériteraient un effort particulier. Pour avoir une image plus conforme à la réalité de l'occupation humaine, il serait souhaitable de se pencher sur les périodes qui présentent de sérieuses lacunes, comme le Mésolithique et le Néolithique. Cela nécessite de se mettre en quête d'outils microlithiques. Qui s'y lancera ?

Pour l'âge du Bronze, d'autres problématiques devraient se mettre en place : savoir si la densité de peuplement reconnue dans le sud de la Grande Lande se retrouve dans toute la zone de sable des Landes de Gascogne est un enjeu qui justifierait à lui seul qu'une équipe s'investisse dans un tel projet. Connaître le type d'économie pratiquée mettrait à l'épreuve le modèle du pastoralisme transhumant.

Pour l'âge du Fer, il serait de première importance de repérer et de fouiller des habitats et d'établir les relations existant entre les nécropoles et les habitats. De même, il convient de s'interroger sur les raisons pour lesquelles des nécropoles de tumulus et des nécropoles en tombes plates contemporaines, coexistent dans un même secteur géographique.

L'Antiquité pourrait connaître un regain d'intérêt : l'organisation de l'espace rural reste largement à découvrir, comme le réseau cadastral, les activités artisanales, les voies de communication.

Pour le haut Moyen-âge, une certaine continuité d'occupation entre les villae de l'Antiquité tardive et les premiers sanctuaires chrétiens devrait se confirmer. La mise en place du réseau paroissial devrait susciter des recherches de terrain : sa connaissance ne saurait reposer sérieusement plus longtemps sur de vagues extrapolations à partir du titre des églises.

Enfin, il est un point noir que l'on ne peut passer sous silence : les musées et dépôts de fouilles. Dans ce domaine, notre département est pratiquement sinistré. C'est un problème complexe et délicat, que nous ne souhaitons pas aborder ici, mais qu'il faudra bien un jour prendre à bras le corps.

Si la banque de données du SRA contient déjà pour les Landes plusieurs milliers de sites, davantage sans doute reste encore à découvrir. Mais ce patrimoine n'est pas inépuisable et il s'en détruit chaque jour des fragments. Dans la quête passionnante des bribes de notre lointain passé, on se rend compte que ce n'est pas le fonds qui manque, mais plutôt les archéologues.

Bibliographie sommaire :

ARAMBOUROU R. (1960). La Préhistoire dans les Landes, Bull. Soc. Borda, p. 81-88.

ARAMBOUROU R. (1978). Le gisement préhistorique de Duruthy à Sorde-l'Abbaye (Landes). Bilan des recherches de 1958 à 1975, Mémoires de la Soc. Préhist. Française, Paris, T. 13, 158p.

ARAMBOUROU R. (1979). Préhistoire des Landes. I. L'époque glaciaire, Bull. Soc. Borda, p. 277-302.

ARAMBOUROU R. (1981). Préhistoire des Landes. II. Les temps post-glaciaires, Bull. Soc. Borda, p. 443-465.

BALMELLE C. (1987). Recueil général des mosaïques de la Gaule, IV. Aquitaine, 2, Paris, C.N.R.S., 206 p., 203 pl.

BAVOILLOT R. (1983). Le site d'Igaas-Pardies, Archéologie en Aquitaine, 2, p. 73-74.

BOYRIE-FENIE B. (1994). Carte archéologique de la Gaule. Les Landes, Fondation Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 192 p., 113 fig.

BOST J.-P., DEBORD P., FABRE G., MONTURET R., RIVIERE H. (1984). La villa gallo-romaine de Géou à Labastide d'Armagnac (Landes), Bull. Soc. Borda, p. 651-703.

DIDIERIEAN F. (1988). Apport de l'archéologie aérienne à l'étude des nécropoles formulaires des Chalosses, Bull. Soc. Borda, p. 73-82.

DUBEDAT P. (1987). La villa gallo-romaine du Gleyzia d'Augreilh à Saint-Sever, Bull. Soc. Borda, p. 321-356.

GARMY P. et MAURIN L. (1996). Enceintes romaines d'Aquitaine. Bordeaux, Dax, Périgueux, Bazas. Documents d'Archéologie Française, n°53. Éd. Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 200p.

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