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Les Landes archéologiques

Les Landes archéologiques

La revue archéologique

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Moyen Age

(cette partie de page est en cours de rédaction)
  • Période médiévale (cette partie reprend principalement les données recueillies lors des recherches menées au cours du PCR sur la Grande Lande).

Le Moyen Age landais est de mieux en mieux perçu, cela grâce à divers travaux, aussi bien en Histoire qu'en Histoire de l'Art et en Archéologie.

Concernant l'histoire, il revient à Jean-Bernard Marquette d'avoir concentré une partie de ses recherches et celles de plusieurs de ses étudiants sur cette zone géographique. Sa thèse, Les Albret, livre une description de la Grande Lande au Bas Moyen Age, ses cadres sociaux et politiques principalement. Il a permis de sortir la Grande Lande du « désert » dans lequel plusieurs générations d'historien l'avaient confinée.

Les églises de la Grande Lande, souvent modestes dans leurs dimensions, ont suscité l'intérêt de la regrettée Michelle Gaborit. Celle-ci a permis de situer l'architecture et la peinture sacrées de ces lieux de dévotion dans des courants et des modes prouvant ainsi l'absence d'isolement de cette zone au Bas Moyen Age et à l'époque moderne.

Peinture représentant Amanieu, sire d'Albret, faisant don de la dîme de la paroisse de Lugaut aux Hospitaliers de Jérusalem (Notre Dame de Lugaut, Retjons).

Au niveau archéologique, si l'on excepte les repérages de précurseur d'un Félix Arnaudin en quête d'une sauvegarde totale de la mémoire de son terroir, la fouille du castrum des Albret à Labrit menée par Y. Laborie au début des années 1990 a achevé d'inscrire la Grande Lande dans la liste des lieux qui comptent dans les destinées médiévales de l'Aquitaine.

Vue d'ensemble du Château de terre des Albret (Labrit). Ce site a fait l'objet d'une investigation poussée, grâce au médiéviste J.-B. Marquette -spécialiste des Albret- et à l'archéologue Y. Laborie. Ce dernier, rattaché à la faculté de Bordeaux 3, a mené la campagne de fouille la plus longue sur un site médiéval landais.

Depuis 2004, le Projet Collectif de Recherches sur l''anthropisation de la Grande Lande est venu apporter des données nouvelles, tout en confirmant certains aspects déjà connus du peuplement et de l'occupation du sol. Trois zones ont fait l'objet d'investigations approfondies : la région d'Hostens dans la partie septentrionale du territoire étudié (travaux de Gw. Belbéoc'h), la région de Saugnac-et-Muret (travaux de J.-P. Lescarret) et la région de Brocas-les-Forges au sud du même territoire (nos propres travaux). Une quatrième zone est à ajouter, bien qu'en périphérie : le Brassenx (région de Morcenx) où, depuis le début des années 2000 plusieurs opérations de recherche menées par le CRAL ont permis d'obtenir des informations importantes sur l'occupation du sol à la période médiévale, notamment par la mise en exergue d'un centre potier à Beylongue.



1. Un Haut Moyen Age discret mais présent

La nouveauté vient principalement de la phase la moins bien connue : le Haut Moyen Age. C'est la période la plus difficile à appréhender tant au niveau archéologique qu'historique dans cette partie du Sud-Ouest. Pourtant, durant ces quelques siècles qui précèdent l'an Mil, les campagnes commencent à se structurer, en particulier par le biais de la formation du réseau paroissial.

Le réseau paroissial.

La paroisse, qualifiée à juste titre par J.-B. Marquette de « structure la plus durable que l'homme ait créé en Occident », est à la base du peuplement médiéval. L'espace rural est polarisé autour de l'église et du cimetière, tandis que le son de la cloche est un repère temporel. La paroisse dans son implantation géographique n'est pas anodine et demeure en cela la « véritable clé de l'espace pour l'historien du sol ». On pourra lire avec profit cet article de Marquette sur l'étude de la formation du réseau paroissial dans le Bas Adour.

Dans notre zone d'étude, aucune église ne porte dans son architecture d'éléments pré-romans. Toutefois, lors de la réalisation du Plan d'Occupation des Sols Historique et Archéologique (POSHA) de la Grande Lande, Hervé Gaillard (S.R.A. d'Aquitaine) a retrouvé dans le fonds des Archives départementales des Landes des documents inédits qui ne laissent aucun doute sur l'existence à Brocas-les-Forges d'une chapelle vouée à Saint Laurent, cette dernière accolée d'un cimetière à sarcophages. C'est à l'occasion de la construction d'un pont assurant le franchissement du ruisseau de Barbe, peu avant sa confluence avec l'Estrigon, pour l'aménagement de la route de Mont-de-Marsan, en 1831, que les travaux ont mis au jour plusieurs sépultures mérovingiennes habillées en sarcophage. Or, à cet emplacement, d'autres textes mentionnent en 1009 et 1020 une chapelle dédiée à saint Laurent. L'origine alto-médiévale de l'édifice religieux est donc vraisemblable. Cette information vient fort opportunément combler un hiatus car une villa avec mosaïques du IVe - Ve s. avait été mise au jour en bordure de l'Estrigon à 200 m de là, et on sait que Brocas constitue à l'époque carolingienne un domaine (curtis) appartenant à la famille des comtes de Lusignan, que ces derniers cèdent au monastère de Saint-Sever dès l'an Mil.

Signalons par ailleurs, dans la commune d'Arengosse, en Brassenx (région de Morcenx), au sud de la Grande Lande, une colonne en grès développant dans sa partie haute une imitation de chapiteau composite, mise au jour lors de travaux agricoles et peut-être issue d'un édifice religieux de cette période.

Le seul moyen d'attribuer une chronologie relative à la formation du réseau paroissial - et donc, de poser des jalons dans le peuplement de la Grande Lande - reste la méthode développée par J.-B. Marquette. Elle repose sur l'observation de chaque paroisse dans son implantation géographique : bassins versants, position de l'église par rapport aux limites de la paroisse, étude du vocable, parfois du toponyme, existence de traces antiques, etc. sont autant de données à croiser. L'historien Emmanuel Labat a retracé la formation du réseau paroissial pour une partie de notre zone . Le tableau ci-dessous a été réalisé à partir de ses travaux :

La formation du réseau paroissial de la Grande Lande. Les flèches indiquent les filiations de la paroisse-fille vers la paroisse-mère ou matrice. En gras, les trois paroisses à l'origine du réseau paroissial grand landais (d'après E. Labat).

Aux trois paroisses matrices repérées dans le bassin versant des deux Leyre, il convient probablement d'y ajouter celle de Biganos, chef-lieu d'un éphémère diocèse durant l'Antiquité tardive. Les traces archéologiques sont rares pour appréhender une structuration de l'espace au seul regard de la christianisation du terroir grand landais. La géographie historique palie ce manque. Elle montre la mise en place d'un maillage territorial qui, sans être précoce, n'accuse pas un retard aussi important qu'on aurait pu l'imaginer.

L'habitat.

Outre le site de Saint-Laurent à Brocas, plusieurs autres sites repérés nous permettent aujourd'hui de poser des jalons pour le Haut Moyen Age dans la Grande Lande, en appréhendant l'habitat. Ils ont comme point commun d'être éloignés des bourgs actuels. Cela ne doit pas pour autant signifier l'existence exclusive pour cette période d'un habitat dispersé. En effet, l'absence de sites localisés dans les bourgs est certainement à mettre en relation avec l'absence d'investigation sur cette partie centrale du territoire communal. Deux sites majeurs ont livré du mobilier attribuable au Haut Moyen Age.

Le premier, Saugnac-est, est situé à Saugnac-et-Muret, rive droite de la Leyre. Un labour forestier (principal vecteur de découvertes dans notre région) a livré sur dix mètres carrés un lot de céramiques associé à des éléments de bâti. Il s'agit d'une part de vases ovoïdes à pâte grise d'aspect gréseux, à bords ourlés ou rebords externes, décorés de cannelures horizontales superposées sur l'épaule. Les fonds sont plats et des anses verticales équipent certains des pots. D'autre part, des tessons de vases à paroi fine accompagnent les vases à cannelures. Des fragments de torchis et de la tegula sont associés aux éléments céramiques et indiquent un bâti. Grâce à la fouille menée en 2006 par une équipe de l'INRAP à Mont-de-Marsan au lieu-dit Pémégnan (resp. F. Marembert), des éléments de comparaison ont été mis au jour . Il ressort que le site de Saugnac-et-Muret est datable du VIIe-VIIIe siècle. Réduit dans son emprise au sol, il témoigne néanmoins de la présence d'un habitat.

Céramiques du Haut Moyen Age découvertes à Saugnac-et-Muret (dess. J.-P. Lescarret).

Le second site majeur est localisé à la partie méridionale de la zone d'étude, à Barreyat-ouest, en bordure du ruisseau de Biensang, à Brocas-les-Forges. Sur plusieurs dizaines de mètres carrés, un épandage de tessons de céramique, mais aussi d'éléments de bâti conduit à s'interroger sur la présence d'un habitat distant du bourg actuel de 4 kilomètres. Le labour forestier a anéanti la couche archéologique et la présence sur la même parcelle de céramique du Bas Moyen Age rend difficile une exploitation cartographique des données. La céramique recueillie ici varie dans les formes autour du double registre des coupes et des vases ovoïdes, vases à rebord externe, à pâte gris-beige à fin dégraissant. Du verre a aussi été recueilli. Au niveau éléments de bâti, ce sont surtout des blocs de grès ferrugineux (garluche) de petite dimension et un fragment de tegula qui témoignent de la présence de bâtiments. En revanche, la tuile creuse présente en quantité ne peut être justifiée dans sa chronologie : en effet, utilisée dès l'Antiquité, elle perdure dans sa forme artisanale (non moulée, donc non industrielle) jusqu'au XIXe siècle.

Bords de coupes du site de Barreyat-Ouest (Brocas-les-Forges).

Divers bords de vases ovoïdes du site de Barreyat-Ouest (Brocas-les-Forges).

Enfin, bien qu'en périphérie de la Grande Lande, il convient de faire état de plusieurs communes où du mobilier céramique altomédiéval a été retrouvé récemment : Arengosse (site de Bézaudun), Beylongue (secteur au sud de Lahitte), Biganos (Lamothe) et Castets (site de Lacay).

La Grande Lande n'est donc pas un désert humain au Haut Moyen Age. L'habitat reste encore à cerner, tant dans sa forme que dans ses dynamiques d'implantation. Si l'origine de la céramique ne peut être précisée, celle-ci est aujourd'hui mieux connue dans ses forme et ses textures grâce au PCR et à la confrontation entre les chercheurs qu'il a induit. De nouveaux sites de cette période seront sans doute plus aisément repérés dans les années à venir. Bien entendu, rien n'est venu étayer au cours de nos recherches, de récentes théories quelques peu fumeuses émises au sujet d'une supposée colonisation Viking dans cette partie de l'Aquitaine...

2. Un Bas Moyen Age aux implantations multiples

Au quasi-silence des sources historiques pour le Haut Moyen Age succède une documentation abondante pour le Bas Moyen Age grand landais. J.-B. Marquette est l'historien qui nous en a dressé jusqu'à aujourd'hui le tableau le plus complet. Le maillage seigneurial est connu, la formation du réseau paroissial est achevée. Seuls la répartition de la population et l'équipement de celle-ci restent à définir. Le PCR est venu apporter plusieurs éléments de compréhension.

Les traces de peuplement sont nombreuses. Beaucoup de parcelles prospectées ont livré des tessons de céramique médiévale. Si la plupart du temps aucun site ne pouvait être véritablement caractérisé (quelques tessons dispersés sur une parcelle d'un hectare ne peuvent être interprétés autrement que par une fréquentation difficilement quantifiable), plusieurs sites répartis principalement sur les communes de Brocas-les-Forges, Saugnac-et-Muret et Hostens permettent déjà de définir quelques traits de l'habitat médiéval de notre zone. L'observation détaillée de la céramique a aussi mis en lumière l'existence de deux faciès distincts, révélateurs de deux sous-périodes.

Un faciès précoce (XIe-XIIe siècles)

Identifiés par la présence d'une céramique modelée parfois tournassée avec un aspect très granuleux (lié à la présence d'un dégraissant quartzeux surabondant) et très dégradée dans son apparence , plusieurs habitats ont été mis au jour par les labours forestiers.

Le site de la Courgeyre-de-Blanchet à Saugnac-et-Muret, découvert par J.-P. Lescarret, occupe un éperon formé par deux ruisseaux. Un abondant matériel céramique (plus de 3000 tessons) y a été recueilli, provenant de formes fermées de type pot. Les diamètres d'ouverture oscillent autour de 3 standards : 10 cm, 14 cm et 20 cm.

Bords de vases retrouvés sur le site de Courgeyre-de-Blanchet à Saugnac-et-Muret (dess. J.-P. Lescarret).

Une sole en argile rubéfiée a aussi été dégagée. Il s'agit clairement d'un habitat avec présence d'un foyer. Deux monnaies comtales (Guillaume IX) frappées à Bordeaux au tout début du XIe s., accompagnent peut-être les autres vestiges. En effet, selon la céramologue Sylvie Malleret, le lot recueilli est attribuable aux XIe-XIIIe siècles. Mais les perturbations du sol par un engin mécanique obligent à la prudence.

Monnaie comtale découverte à Saugnac-et-Muret.

Au nord-ouest de la commune de Brocas, au lieu-dit Parc de Libon, sur un plateau surplombant l'Estrigon, trois zones d'épandage diffus de céramique ont été mises au jour. Là encore, les formes fermées de type pot prédominent. Aucun élément de bâti n'a pu être mis en évidence. Le labour ayant endommagé un niveau archéologique particulièrement haut, il n'y a aucun espoir de pouvoir déterminer le nombre de bâtiments présents à l'origine, ni leur étendue. De la céramique du même type à aussi été ramassée à quelques centaines de mètres au sud et dans le bourg à moins d'un kilomètre de là.

Plus au nord, quelques lots ramassés en surface à Hostens présentent un aspect assez comparable. A Belin-Beliet, divers indices récoltés par Jean-Louis Brouste attestent une implantation humaine durant cette phase chronologique, comme des monnaies médiévales près du cimetière, dont une datée du début du XIIe s. et d'assez nombreux tessons de céramique.

Si des parcelles où de la céramique de cette première phase du Bas Moyen Age a été retrouvée ne sont pas rares, il reste en revanche à déterminer les lieux de production et partant de là, établir une typologie. Pour l'heure, seule la commune de Saugnac-et-Muret a livré les traces d'un atelier de potier correspondant à ce faciès. Il est donc souhaitable que les investigations continuent pour caractériser au mieux cette production des XIe-XIIIe siècles.

Une occupation étendue (XIIIe-XVe siècles).

La fin du Moyen Age est la sous-période la mieux représentée. La céramique grise est présente dans de très nombreuses parcelles en quantité variable : de quelques tessons isolés à des épandages de plusieurs dizaines de mètres carrés, la fréquentation médiévale du territoire grand landais apparaît avec plus ou moins de force. Clairement, zones de parcours et zones de peuplement se différencient.

Au lieu-dit Menjoy, à Saugnac-et-Muret, sur le plateau de la rive droite de la Leyre, en amont du bourg de Saugnac, ce sont six unités d'habitations distantes les unes des autres de 100 à 250 mètres qui ont été repérées. Le cas de Menjoy 1 est des plus intéressants. En effet, de véritables traces de construction ont été mises au jour : sol en terre battue en partie rubéfié associé à des blocs de grès ferrugineux, du torchis, de la brique et de la tuile. Il s'agit d'une maison, munie également d'un lot de céramique variée épandu sur 300 m², notamment de la céramique beige et de la céramique à glaçure mouchetée, prouvant par leur présence une phase avancée du Moyen Age (XIVe-XVe siècles ?). Doit-on voir dans le site de Menjoy les prémices de l'habitat grand landais contemporain, à savoir le quartier? En l'état des recherches, la contemporanéité des 6 unités d'habitation reste à démontrer.

Plusieurs sites ont aussi été repérés sur la commune de Brocas-les-Forges. Au lieu-dit Mongin notamment, un habitat a livré de la céramique très proche dans son apparence de celle produite dans les ateliers du Brassenx. Un affleurement d'argile et l'existence d'un atelier de potier attesté à l'époque moderne posent la question d'un éventuel lieu production dès le Moyen Age. A Barreyat-ouest, gisement ayant livré un mobilier altomédiéval, un noyau de peuplement paraît s'être structuré au Bas Moyen Age. La quantité de tessons apparus en surface sur une aire de 2 000 m² dépasse ce qui est généralement récolté sur une habitation et tend à accréditer l'existence à cet endroit d'une tessonnière d'atelier de potier. Dans le même périmètre, tout en bordure du ruisseau de Biensang, ont été relevées les traces d'une activité métallurgique (résidus de coulée, scories, etc.). Le gisement se poursuit dans un bois adjacent, ce qui laisse supposer une surface totale de plus de 3 000 m². La question est posée du développement en ces lieux d'un peuplement groupé incluant des activités de production potière et métallurgique. Rappelons que nous sommes à 4 km du château de terre de Labrit, et que l'occupation du sol de ce secteur antérieurement à l'édification du château vers 1225 est inconnue. Or, il est clair que le choix du point d'installation du castrum n'obéit pas seulement à des considérations stratégiques, mais suppose la présence d'une implantation humaine préexistante bien établie.

Quelques bords de vases ovoïdes du Bas Moyen Age découverts sur le site de Barreyat-Ouest à Brocas-les-Forges.

D'autres lieux ont livré des traces d'habitats, plus ou moins structurés : la Barade-de-Perprise à Trensacq par exemple, où un pot à deux anses médiéval presque entier gisait avec de la céramique médiévale et moderne autour des restes d'un petit bâtiment; ou encore à Hostens, près de la chapelle de Rétis où des sols de maisons riches en céramique grise apparaissent encore dans la végétation. Plus isolés, des petits lots ont été exhumés en plusieurs points de Pissos (au lieu-dit Haut Richet notamment) ; à Commensacq ; à Vert.

Pot muni de deux anses, découvert à Trensacq. Il s'agit d'une forme bien connue (le toupin en langue gasconne), généralement associée à la cuisson de la soupe.

Les sites de Menjoy (Saugnac-et-Muret) et de Barreyat-ouest (Brocas-les-Forges) nous montrent l'existence de deux schémas apparemment distincts dans la morphologie du peuplement : l'un offre l'apparence d'un habitat lâche, rappelant le quartier, l'autre d'un habitat bien plus concentré. Cette différenciation peut difficilement être expliquée à partir du seul mobilier archéologique : économie agropastorale pour l'un et économie artisanale pour l'autre ? Il serait audacieux -et hâtif- de tirer de telles conclusions.

Des sites fortifiés.

La présence d'un site majeur comme le castrum des Albret à Labrit, fouillé dans les années 1990 par Y. Laborie ne doit pas masquer le fait que d'autres lieux fortifiés existent.

La commune de Saugnac-et-Muret rassemble à elle seule plusieurs ouvrages de terre, de type motte castrale. J.-P. Lescarret en a repéré cinq, en bordure de différents ruisseaux, auxquels il faut ajouter le Castera, site défensif de type éperon barré, manifestement réaménagé au Moyen Age par l'ajout de deux mottes. Une telle concentration, facilitée par la topographie (notamment un réseau hydrographique complexe) s'explique peut-être par la présence d'un axe routier majeur, descendant de Bordeaux vers l'Espagne.

La commune d'Hostens possède aussi un Castera réutilisé au Moyen Age. Plus au sud, dans la commune de Vert, lieu-dit Peyran, une petite motte a été repérée dans les années 1990. De dimension réduite, Y. Laborie voit en elle une « motte de chevalier ».

La motte de Peyran (Vert).

Enfin, un autre site défensif est à mentionner. Il s'agit de celui de Brocas, à proximité du lieu-dit Parc de Libon. Sur un rebord de plateau où de la céramique du XI-XIIIe siècles a été trouvée, quatre tertres ne dépassant pas trois mètres de haut sont alignés en aplomb du vallon de l'Estrigon. Réalisés par l'aménagement de microreliefs naturels préexistants, ils sont à mettre en relation directe avec la céramique retrouvée sur la même parcelle.

Comme nous venons de le voir, l'habitat se diversifie et s'étend au cours du Bas Moyen Age. Habitat et activité économique se différencient difficilement dans leur apparence : l'un ne va pas sans l'autre, espace de travail et espace domestique vont de pair. Si le pastoralisme ou l'agriculture ne nous ont pas laissé de traces tangibles, productions métallurgique et potière ont été repérées au cœur de l'habitat. Pour l'heure, seule la seconde a donné des résultats encourageants.

Un pan d'économie médiévale : l'artisanat potier.

Essentielle dans l'économie, la production potière permet d'équiper les foyers en contenants autour de trois rôles principaux : conserver, cuire et consommer . La céramique, non exclusive dans le vaisselier médiéval, jouxte dans les coffres et sur les tables récipients en bois et en métal. Le bois ne se conservant pas et le métal étant généralement réutilisé (et donc absent des sites), seule la céramique reste et le plus souvent en très grande quantité. Le PCR a permis de repérer deux sites clairement identifiables comme lieux de production.

Au sud du bourg de Saint-Symphorien, la surveillance d'un chantier de construction s'est révélée fructueuse. Gw. Belbéoc'h a ainsi pu effectuer un sondage qui a confirmé qu'il s'agissait de la tessonnière d'un four de potier. Une typologie peut désormais être esquissé : les oules à fond lenticulaire et lèvres à bandeau prédominent, les couvercles à bouton de préhension sont nombreux, des bassines ont aussi été produites.

Divers fragments de couvercles issus de la production potière de Saint-Symphorien (Gironde). Ils se différencient clairement de ceux produits à Beylongue (Landes) à la même époque (dess. Gw. Belbéoc'h).

Déjà évoqué, le site de Menjoy 6 à Saugnac-et-Muret est des plus intéressants. Outre le fait que la période à laquelle la production retrouvée peut être rattachée (XIe-XIVe siècles) a besoin d'être documentée, le site présente des éléments essentiels d'une structure potière : dépotoir, pourrissoir (fosse de travail de l'argile), blocs de terre cuite attestant la présence d'un four ; un affleurement d'argile est visible à 30 mètres de là, à la rupture de pente du plateau. Les formes produites sont peu diversifiées : ce sont principalement des oules dans une céramique blanchâtre. Là encore, il est difficile de concevoir sur quel territoire cette production a pu être diffusée.

En revanche, au sud, le Brassenx, bien qu'hors du territoire concerné par le PCR mais proche géographiquement, est riche en sites ayant livré des vestiges de production potière. Ce sont six ateliers qui ont été repérés, répartis sur les communes de Beylongue et Villenave.

Production potière dans la région de Beylongue.

La régularité des formes et du mode de production d'un atelier à l'autre autorise à supposer l'existence d'un véritable centre potier. Une typologie a pu être établie et nous pouvons esquisser l'aire de diffusion de cette production : il est clair qu'une partie non négligeable de la Grande Lande a été approvisionnée en produits de ces ateliers par le biais des marchés et des foires. Plusieurs arguments militent en faveur d'une chronologie centrée sur la deuxième moitié du XIVe siècle.

Tableau rétrospectif des éléments les plus courants de la production potière de la région de Beylongue.

La production potière dans la Grande Lande est encore largement inconnue. Certains tessons retrouvés résistent encore à une identification chronologique et géographique. Des secteurs entiers, comme celui de la Petite Leyre (région de Sore) ont été peu explorés. La surveillance des communes ayant des affleurements d'argiles exploitables (ou ayant été exploités) devrait permettre dans l'avenir combler les lacunes. D'ailleurs, récemment, un nouveau lieu de production a pu être localisé dans le Marsan, à Bostens. Le registre des formes est moins varié qu'à Beylongue et sensiblement différent d'un point de vue typologique.


La Crouts Arramère à Rion-des-Landes. Cet édifice du Bas Moyen Age a été bâti pour la célébration des Rameaux, à l'instar d'autres exemples connus de l'Entre-Deux-Mers. Contrairement à diverses croyances, il ne s'agit donc ni d'un ancien porche de cimetière, ni du tombeau d'un sire d'Albret. Des dépouilles de nouveaux-nés furent inhumés à proximité (non baptisés, ils n'avaient pas droit au cimetière, mais leurs parents avaient trouvé ici une terre consacrée opportune).

Dernière modification le : 21/11/2011 @ 14:44
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